C’est un rapport parlementaire qui jette un pavé dans la mare de l’épargne populaire. Selon les députés Jean-Philippe Tanguy (RN) et François Jolivet (Horizons), les Français auraient perdu près de 300 milliards d’euros de pouvoir d’achat en trois ans faute d’avoir été correctement aiguillés sur leurs choix d’épargne. En cause : une trop grande dépendance au Livret A, favorisée par le manque d’information et de pédagogie de la part des banques. Un chiffre vertigineux qui relance le débat sur la nécessité de réformer l’épargne réglementée en France.
Livret A : trop populaire, pas assez rentable
Entre 2020 et 2023, les taux d’intérêt du Livret A — plafonné à 3 % au plus fort de la crise inflationniste — sont restés inférieurs à la hausse des prix, provoquant une érosion discrète mais massive du pouvoir d’achat des épargnants. En 2024, l’inflation moyenne hors énergie et alimentation s’est établie à 2,3 %. Pour 2025, les prévisions tablent sur 1,8 %, quand le taux du Livret A pourrait redescendre autour de 1,6 %. Ce décalage entre rendement et inflation s’appelle « érosion monétaire ». Et lorsqu’il se répète sur plusieurs années, il devient coûteux. Le rapport des deux parlementaires pointe du doigt l’absence de conseil des établissements financiers, qui se contentent souvent d’ouvrir un Livret A par défaut, sans proposer d’alternatives mieux rémunérées aux clients pourtant éligibles.
Le LEP, grand oublié de l’épargne
Parmi ces alternatives figure le Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux foyers modestes. Depuis février 2025, il offre un taux de 3,5 % net d’impôts, bien supérieur à celui du Livret A. Pourtant, 40 % des Français qui y ont droit n’en disposent pas, note le député François Jolivet. « Il est plus que temps d’en faire la promotion active, et pas seulement sur une affichette au guichet de la banque », résume-t-il. La Fédération bancaire française le reconnaît : les produits d’épargne réglementée comme le LEP sont liquides, garantis, non fiscalisés et définis par l’État. Autant de qualités qui devraient en faire des produits de référence — mais encore faut-il qu’ils soient visibles et accessibles. Le rapport suggère enfin d’améliorer l’accompagnement bancaire, voire d’obliger les établissements à mieux informer les clients sur l’ensemble des solutions disponibles. Car dans une période d’instabilité économique, mal épargner peut coûter aussi cher que mal investir. Et en matière d’épargne populaire, le manque d’information pourrait bien être le vrai scandale silencieux.