La réforme du diagnostic de performance énergétique (DPE), entrée en vigueur en 2021, est dans le viseur de la Cour des comptes. Dans un rapport sévère, les magistrats dénoncent un dispositif imposé dans la précipitation, sans étude d’impact sérieuse, aux effets lourds pour les particuliers, le marché locatif et la fiabilité même des diagnostics. Le diagnostic, désormais opposable, conditionne depuis le 1er janvier 2025 la possibilité de louer un logement classé G. Or, selon la Cour, les conséquences de cette transformation majeure n’ont jamais été mesurées en amont. Résultat : une chute de 33 % des biens F et G proposés à la location entre 2021 et 2023, alors que les logements mieux classés reculent aussi, à hauteur de 22 %. Pour les locataires, cela se traduit par une raréfaction de l’offre. Pour les vendeurs, une dévalorisation parfois brutale de leur bien.
Un outil devenu stratégique, mais toujours fragile
Surtout, la Cour pointe la faiblesse du système. Aucun encadrement du nombre de diagnostics possibles pour un même bien, des dérives avérées — avec des DPE répétés jusqu’à obtenir une étiquette satisfaisante —, des fraudes facilitées par l’opacité du logiciel de calcul « 3CL-DPE 2021 », peu maîtrisé y compris par les autorités de tutelle. À cela s’ajoute une gestion technique bancale, reposant sur un seul équivalent temps plein à l’Ademe, et déléguée à des sous-traitants. Les assureurs, eux, ont déjà tiré la sonnette d’alarme : MMA et Allianz ont quitté le marché, laissant AXA en quasi-monopole. La fiabilité du système étant en cause, les litiges se multiplient.
Des mesures tardives face à un chantier mal lancé
Mal informés, mal conseillés, les propriétaires se retrouvent seuls devant des propositions de travaux floues, sans estimation des coûts ni indication claire sur les aides disponibles. Les recommandations sont stéréotypées – pompe à chaleur pour tous –, déconnectées des réalités de terrain. Face à ce naufrage technique et politique, la ministre du Logement Valérie Létard a réagi en mars : recours à l’intelligence artificielle pour détecter les fraudes, création d’un ordre des diagnostiqueurs, sanctions renforcées, encadrement des formations. Mais ces mesures tardives peinent à masquer l’improvisation initiale. Alors que l’interdiction de louer les logements classés F entrera en vigueur en 2028, la rénovation énergétique qu’était censée promouvoir le DPE semble en panne. Et le diagnostic reste, pour beaucoup, un symbole d’injustice et de complexité plus qu’un levier écologique.