C’est une correction longtemps attendue par les propriétaires. À partir du 1er janvier 2026, environ 850 000 logements actuellement classés F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) devraient sortir du statut de « passoires thermiques ». En cause : la révision du mode de calcul, enfin rééquilibré en faveur de l’électricité, jusqu’ici injustement désavantagée face aux énergies fossiles comme le gaz ou le fioul.
Une réforme dictée par Bruxelles, actée par Matignon
Dans un communiqué diffusé mercredi 9 juillet, Matignon a officialisé la baisse du coefficient de conversion de l’électricité dans le calcul du DPE. Actuellement fixé à 2,3, ce coefficient passera à 1,9, conformément à une directive européenne sur l’efficacité énergétique adoptée en 2023. Ce changement de paramètre, très technique en apparence, aura un impact massif et immédiat : il valorise la consommation électrique, désormais mieux intégrée aux enjeux de décarbonation. Ce coefficient mesure la différence entre l’énergie produite (primaire) et celle réellement utilisée dans le logement (finale), en prenant en compte les pertes, notamment pendant le transport. Or, avec l’essor des énergies renouvelables en France, ces pertes deviennent moins significatives. La réforme corrige donc un biais structurel qui pénalisait l’électricité, pourtant bas carbone, et freinait la transition énergétique voulue par les pouvoirs publics.
Un impact massif sur le marché immobilier… et politique
Pour les ménages concernés, le changement est concret : un logement affichant une consommation d’énergie primaire de 300 kWh/m²/an pourrait, après revalorisation, tomber à 247 kWh/m²/an, améliorant ainsi son étiquette énergétique. Cela concerne en priorité les logements tout-électrique, mais aussi ceux combinant fioul et ballon d’eau chaude électrique. Même l’éclairage ou la recharge de téléphones peuvent peser sur le calcul du DPE. Ce réajustement technique intervient alors que le gouvernement tente de désamorcer une crise provoquée par la réforme de 2021, qui a rendu le DPE opposable. Autrefois simple indicateur, il est devenu un outil de régulation très contraignant, avec à la clé des interdictions de louer pour les biens les plus mal notés. Dans un rapport cinglant, la Cour des comptes a récemment fustigé l’impréparation du gouvernement face aux conséquences de cette évolution législative.
De quoi calmer les propriétaires en colère ?
La ministre du Logement, Valérie Létard, a engagé depuis mars une vaste opération de toilettage du secteur, mêlant renforcement des contrôles, meilleure formation des diagnostiqueurs et projets de réforme professionnelle. Cette nouvelle révision du DPE pourrait également calmer la colère d’une partie des propriétaires, excédés par des contraintes jugées irréalistes alors que le pays traverse une crise aiguë du logement. Si la guerre en Ukraine, la flambée des prix de l’énergie et les hésitations allemandes sur le nucléaire ont joué un rôle dans ce virage, l’exécutif français entend désormais user de ce levier européen pour éviter une hémorragie dans le parc locatif. La prochaine révision du coefficient est prévue dans quatre ans. En attendant, les propriétaires pourront compter sur un DPE plus juste, et un peu moins redouté.