La dette publique française, à 114 % du PIB, n’est pas encore au bord du gouffre. Mais si les marchés venaient à lâcher Paris, la crise serait brutale. Le ministre de l’Économie Éric Lombard a récemment évoqué, avant de nuancer ses propos, le spectre d’une mise sous tutelle du FMI. Une hypothèse qui témoigne de la nervosité politique et budgétaire actuelle.
Le rôle décisif de la BCE
En cas de panique, la réponse viendrait d’abord de la Banque centrale européenne. Mais les traités lui interdisent officiellement d’agir en prêteur en dernier ressort. L’exemple grec de 2010 reste dans les mémoires : faute d’intervention massive, la contagion s’était étendue à plusieurs pays du sud de l’Europe. La France, beaucoup plus lourde économiquement, ne pourrait pas être abandonnée sans risque pour toute la zone euro. La BCE devrait alors inventer une parade juridique pour acheter la dette française, au prix d’une entorse aux règles.
Les filets de secours européens et internationaux
En parallèle, le Mécanisme européen de stabilité et le FMI interviendraient pour refinancer l’État, en échange de conditions sévères. Problème : ces plans d’aide nécessitent des négociations de plusieurs semaines, alors même que le pays ne pourrait plus emprunter un centime. Le gouvernement serait obligé de couper instantanément dans ses dépenses, plongeant la société dans une cure d’austérité d’une ampleur inédite.
Sortie de l’euro ou acceptation d’un plan draconien
Deux scénarios se dessineraient : une sortie chaotique de la monnaie unique, nécessitant de recréer une monnaie nationale dans l’urgence, ou bien l’acceptation d’un plan de rigueur dicté par Bruxelles et le FMI, assorti d’annulations partielles de dette. Dans le cas grec, il avait fallu plus de dix ans pour retrouver le niveau de richesse d’avant-crise. Pour la France, l’impact serait démultiplié.
La situation mettrait aussi à nu les failles de la gouvernance économique européenne. Beaucoup d’experts plaident déjà pour une refonte du Mécanisme européen de stabilité afin qu’il puisse agir immédiatement comme pare-feu, avant de négocier les conditions d’un soutien prolongé. De même, la dépendance des banques à la dette publique de leur État est vue comme un risque systémique qu’il faudrait corriger. La France n’est donc pas condamnée, mais sa trajectoire budgétaire la rapproche d’une zone dangereuse. Et si l’effondrement de sa dette devait se produire, il ne s’agirait pas seulement d’une crise nationale : c’est toute la zone euro qui se retrouverait au bord du précipice.