La justice antiterroriste française enquête sur la tentative d’attaque visant la Bank of America, rue de la Boétie, à Paris, dans la nuit de vendredi à samedi. Selon le parquet national antiterroriste, un homme a été interpellé vers 3h25 alors qu’il tentait d’allumer un engin explosif improvisé devant les locaux de la banque américaine. Un second individu a pris la fuite. L’enquête porte notamment sur une tentative de destruction par incendie ou moyen dangereux en lien avec une entreprise terroriste, ainsi que sur la fabrication, la détention et le transport d’un engin incendiaire ou explosif. Bank of America a indiqué être en contact avec les autorités françaises.
Laurent Nuñez évoque des «similitudes» avec d’autres opérations menées en Europe
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a publiquement relié ce dossier au contexte géopolitique actuel. Sur BFMTV, il a expliqué que cette affaire présentait des « similitudes » avec des actions récentes commises dans d’autres pays européens depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Dans la même intervention, il a cité les Pays-Bas, la Belgique, le Royaume-Uni et la Norvège, en soulignant un mode opératoire comparable : dépôt d’un engin explosif improvisé, exécution par de très jeunes profils ou des délinquants de droit commun, parfois rémunérés pour agir, avec dans certains cas une mise en scène filmée.
Une série de faits similaires en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Norvège
En Belgique, une explosion a visé une synagogue à Liège le 9 mars, attaque qualifiée d’acte antisémite par les autorités. Dans la foulée, Bruxelles a déployé des militaires pour renforcer la sécurité autour des sites juifs, après d’autres faits en Belgique et aux Pays-Bas, où une synagogue à Rotterdam et une école juive à Amsterdam ont également été touchées. Aux Pays-Bas, le parquet a encore annoncé le 27 mars l’arrestation de trois hommes soupçonnés d’implication dans l’attaque de Rotterdam ou dans la préparation d’un projet similaire à Heemstede.
Au Royaume-Uni, quatre ambulances appartenant à l’organisation juive Hatzola ont été incendiées à Golders Green, dans le nord de Londres, dans ce que la police traite comme un acte antisémite. En Belgique, une voiture a aussi été incendiée à Anvers dans une attaque considérée comme potentiellement antisémite. Par ailleurs, le site SITE Intelligence a attribué plusieurs revendications à un groupe présenté comme aligné sur l’Iran, l’« Islamic Movement of the People of the Right Hand », mais les autorités britanniques comme belges n’ont pas confirmé à ce stade l’authenticité ni la responsabilité directe de ce groupe dans l’ensemble de ces faits.
En Norvège enfin, l’ambassade des États-Unis à Oslo a été frappée début mars par une explosion que les enquêteurs ont qualifiée d’acte terroriste. Plusieurs suspects ont ensuite été arrêtés. Là aussi, les autorités ont examiné un possible lien avec la crise au Moyen-Orient, sans conclure publiquement à une implication étatique iranienne.
La piste iranienne évoquée
C’est sur ce point que la prudence reste essentielle. Laurent Nuñez a expliqué que, dans un conflit de cette nature, « des services iraniens » peuvent être susceptibles d’agir « au moyen de proxy ». Mais interrogé directement sur le cas parisien, il a aussi précisé : « Je n’en sais rien du tout » et « Je ne pointe pas un commanditaire ». Autrement dit, l’hypothèse d’une action inspirée, facilitée ou téléguidée par des relais liés à l’Iran est regardée de près en raison des ressemblances observées ailleurs en Europe, mais aucune attribution judiciaire formelle à l’État iranien n’a été rendue publique à ce stade.
Un suspect arrêté, un possible recrutement rémunéré et une enquête élargie aux complices
Le dossier comporte déjà plusieurs axes d’investigation. Le suspect arrêté aurait déclaré avoir été approché via Snapchat et payé 600 euros pour mener l’action. Le même article précise qu’un autre individu aurait conduit l’auteur présumé sur place et qu’un complice présent lors des faits a réussi à s’enfuir. Le ministre de l’Intérieur a, lui, décrit un schéma proche de celui observé dans d’autres pays : des exécutants jeunes, au profil relevant plutôt de la délinquance de droit commun, susceptibles d’être utilisés comme intermédiaires. L’enquête a été confiée à la police judiciaire parisienne et à la DGSI afin de remonter d’éventuelles chaînes de commandement et d’identifier d’éventuels soutiens logistiques.
La France maintient un niveau d’alerte élevé autour des intérêts américains et de la communauté juive
La vigilance est renforcée en France. Depuis le déclenchement de la guerre impliquant l’Iran, les autorités françaises ont accru la protection de certaines personnalités de l’opposition iranienne et renforcé la sécurisation de sites considérés comme particulièrement exposés, notamment ceux liés aux intérêts américains et à la communauté juive. C’est dans ce cadre qu’un équipage de police a repéré les suspects près de la Bank of America et a pu intervenir avant l’explosion.