Suicide de Yanis, 17 ans, en Haute-Savoie : les parents dénoncent une justice “déconnectée” du traumatisme des victimes
Suicide de Yanis, 17 ans, en Haute-Savoie : les parents dénoncent une justice “déconnectée” du traumatisme des victimes

Un drame glaçant s’est joué en silence en Haute-Savoie. Le 30 mars dernier, Yanis, âgé de 17 ans, s’est suicidé à Thyez, après avoir appris la libération de l’homme qui l’avait agressé sexuellement alors qu’il n’avait que 12 ans. Ses parents, bouleversés, dénoncent aujourd’hui l’inaction et l’indifférence de la justice, qui selon eux, a ignoré l’impact profond que cette décision pouvait avoir sur leur fils.

« C’est un fait. Personne ne peut le nier », déclare le père de Yanis avec émotion. Dans le téléphone de l’adolescent, la famille a retrouvé une lettre d’adieu sans équivoque, intitulée Lettre de suicide version finale, où Yanis écrit noir sur blanc que la remise en liberté de son agresseur est la raison principale de son geste.

Tout à commencé en septembre 2022

Tout commence en septembre 2022, lorsque Yanis, alors adolescent, trouve le courage de confier à l’association “Karl”, qui accompagne les victimes de violences sexuelles, les sévices qu’il a subis pendant trois ans. L’association saisit immédiatement les autorités et encourage Yanis à parler à ses parents. L’enquête révèle rapidement l’identité de l’agresseur : un homme déjà condamné en 2007 et 2014 pour des faits similaires.

L’homme est interpellé, placé en détention et renvoyé devant le tribunal correctionnel de Bonneville. En octobre 2023, il est condamné à cinq ans de prison ferme, en état de récidive légale, pour les faits commis sur Yanis. Pourtant, après seulement deux ans et quatre mois passés derrière les barreaux, il est libéré en février 2025.

Sa remise en liberté se fait sans que ne soit prononcée la moindre mesure d’éloignement vis-à-vis de sa victime. Il retourne vivre à Marignier, un village situé à moins de trois kilomètres du domicile familial. Un détail tragique : la famille de Yanis n’a pas été informée officiellement de cette libération. C’est par hasard, au détour d’une conversation avec une connaissance, que le père de Yanis l’apprend, et doit en informer lui-même son fils.

« Savoir que l’homme qui m’a enlevé trois ans de ma vie soit dehors en liberté me répugne tellemen »

Dans une story Instagram publiée peu avant son suicide, Yanis confiait son profond désespoir :

« Savoir que l’homme qui m’a enlevé trois ans de ma vie soit dehors en liberté à même pas 3 km de chez moi me répugne tellement. J’ai envie de crier, pleurer, casser. Cet homme m’a brisé, détruit, sali. »

Pour ses parents, il ne fait aucun doute : leur fils n’a pas été seulement victime d’un agresseur, mais aussi d’un système judiciaire “déconnecté de la réalité du traumatisme des victimes”. Interrogé par RTL, son père exprime une colère sourde : « J’ai de la haine envers ce système. »

L’affaire relance le débat sur le suivi des agresseurs sexuels en récidive, la prise en charge des victimes et les obligations de la justice en matière d’information des familles. Une enquête est en cours, mais pour les proches de Yanis, le mal est fait. Leur combat désormais : faire entendre la voix de leur fils, pour que plus jamais un adolescent ne soit confronté à la même violence silencieuse.

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