Le face-à-face entre l’État et Shein bascule ce vendredi dans l’arène judiciaire. Le gouvernement demande trois mois de suspension pour le géant asiatique, accusé d’avoir laissé circuler sur son site français des produits illégaux, allant de poupées à caractère pédopornographique à des armes interdites. Une audience au civil doit s’ouvrir au tribunal judiciaire de Paris, avec une décision attendue dans les prochains jours. Pour l’exécutif, il s’agit d’un signal fort adressé à une plateforme qui, derrière ses prix cassés, a trop souvent fermé les yeux sur la nature des articles mis en vente.
Une bataille emblématique du contrôle des plateformes
Shein, désormais basée à Singapour, rejette fermement les accusations et juge la demande « disproportionnée », rappelant avoir retiré les produits en cause et suspendu temporairement les ventes de sa marketplace. Mais la défense peine à masquer les failles d’un modèle dominé par l’ultra-volume, où la vérification des marchandises s’apparente plus à une promesse qu’à une réalité. Selon l’État, seul un arrêt temporaire du site permettrait de garantir la fin des pratiques illicites et d’éviter leur réapparition.
Le parquet, lui, ne soutient pas la demande de blocage, estimant qu’une suspension totale pourrait entrer en conflit avec la jurisprudence européenne. Reste que le gouvernement a assigné les fournisseurs d’accès à internet pour rendre toute décision exécutoire. Après le scandale des ventes de poupées pédopornographiques, l’affaire Shein cristallise un débat désormais continental : celui de la responsabilité réelle des géants du commerce en ligne face aux dérives qu’ils laissent passer entre deux clics.