Procès Samuel Paty : Laurent Nunez précise ses propos, la défense dénonce une « variation »
Procès Samuel Paty : Laurent Nunez précise ses propos, la défense dénonce une « variation »

Au procès en appel lié à l’assassinat de Samuel Paty, Laurent Nunez a affirmé devant la cour d’assises spéciale de Paris avoir la « certitude » d’un lien de causalité entre la campagne de haine en ligne visant l’enseignant et son assassinat en octobre 2020. Une précision qui a suscité de vives réactions de la part des avocats de la défense.

Ancien coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme à l’Élysée au moment des faits, l’actuel ministre de l’Intérieur a fait parvenir à la cour une « réponse complémentaire » à son témoignage initial. Selon lui, les publications du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui et du parent d’élève Brahim Chnina ont « conduit de manière irréfutable le terroriste à choisir Samuel Paty comme cible ».

Lors de sa première déposition, lue à l’audience, Laurent Nunez avait pourtant répondu qu’il n’était « pas nécessairement » établi que le fait de désigner publiquement une personne comme ayant offensé l’islam l’exposait « objectivement » à un danger grave pour sa sécurité. Cette réponse avait été saluée par la défense d’Abdelhakim Sefrioui.

Dans sa nouvelle prise de position, le ministre affirme au contraire que les éléments du dossier attestent « de manière certaine » d’un lien direct entre les publications des deux accusés et la mort de l’enseignant, décapité le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine par le djihadiste Abdoullakh Anzorov.

Les avocats de la défense ont dénoncé une « variation indiscutable » du témoignage. Me Frank Berton, conseil de Brahim Chnina, a estimé qu’un procès-verbal de « variation de témoin » serait nécessaire, évoquant la possibilité d’un faux témoignage. Me Vincent Brengarth, qui défend Abdelhakim Sefrioui, a dénoncé une atteinte « à l’impartialité » et « à la séparation des pouvoirs », critiquant le fait qu’un membre du gouvernement ait écrit à la présidente de la cour pour revenir sur sa déposition.

En première instance, en 2024, la cour d’assises avait condamné Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui à respectivement 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, retenant notamment leur rôle « causal » dans l’enchaînement ayant conduit à l’assassinat.

Partager