Le tribunal d’Aix-en-Provence a viré à la fosse d’orchestre jeudi : à droite du prétoire, le procureur fustige « le laudateur du Hamas » ; à gauche, la défense brandit la liberté académique. Au centre, François Burgat, 77 ans, silhouette voûtée mais verbe acéré, écoute six heures de plaidoiries qui dissèquent 280 caractères. Le ministère public réclame huit mois de prison avec sursis, 4 000 € d’amende, deux ans d’inéligibilité et, cerise sur le clavier, un bannissement de X pendant six mois. « Nous avons un boulevard », lance le procureur, convaincu que les messages du chercheur relèvent de l’apologie terroriste.
Des retweets en accusation, un conflit planétaire en toile de fond
Le dossier tient en quelques clics : en janvier 2024, Burgat relaie un communiqué du Hamas dénonçant une « tentative sioniste de diaboliser la résistance » après les viols du 7 octobre. Il ajoute un commentaire cinglant, engrange des vues, s’attire une citation directe. Pour l’accusation, qualifier les assaillants de « combattants de la liberté » revient à encenser un groupe terroriste. Pour la défense, c’est l’analyse crue d’un politologue qui scrute depuis quarante ans la géopolitique arabe.
Liberté d’expression vs. seuil pénal : verdict le 20 juin
Les tweets s’affichent en grand à l’audience ; chaque phrase est ventilée, recontextualisée, retournée comme un gant. Burgat plaide la mission du chercheur : décrire les récits en présence, fussent-ils toxiques. Le parquet rétorque que la loi antiterroriste n’exempte pas les universitaires. Les juges trancheront le 20 juin. D’ici là, l’islamologue reste libre mais sous la menace d’une jurisprudence explosive : où finit l’expertise, où commence le prosélytisme ? La réponse pourrait bien redessiner la zone rouge des débats publics en France.