En juin 2020, Céline, cadre parisienne, pousse la porte d’un cabinet d’ostéopathie pour soulager des douleurs dorsales. Cinq ans plus tard, elle se retrouve à la barre de la cour criminelle de Paris, brisée, en larmes, pour relater ce qui s’est déroulé ce jour-là : une séance qui aurait tourné au viol, dissimulé derrière des manipulations soi-disant thérapeutiques. L’homme qu’elle accuse, grand, affable, n’a pourtant jamais été autorisé à exercer. Elle s’y était rendue sur les conseils d’une autre mère d’élève, dans une capitale déconfinée, où les soins restaient précaires. Le cabinet, sommaire, l’avait mise mal à l’aise. L’ostéopathe lui avait demandé de se dévêtir, puis expliqué que ses douleurs provenaient du coccyx. Sans gants, avec de l’huile d’olive alimentaire comme lubrifiant, il aurait procédé à une manipulation intra-vaginale, affirmant qu’il s’agissait du traitement le plus rapide. Elle, allongée, nue, sur le ventre. Lui, penché au-dessus d’elle, pendant de longues minutes. Elle avait quitté le cabinet sonnée, payant 85 euros et appelant immédiatement ses proches. Aucun n’avait trouvé cela « normal ». L’un d’eux l’avait prévenue : ce qu’elle venait de subir était un viol.
Une activité illégale depuis vingt ans
L’accusé, aujourd’hui installé dans le sud, n’a jamais été inscrit à l’agence régionale de santé. Il n’a pas validé sa dernière année d’études et exerce depuis deux décennies en toute illégalité. Un arrêté de 2007 interdit formellement les manipulations pelviennes et intra-vaginales par les ostéopathes. Le 19 janvier 2021, il est placé en garde à vue, mis en examen pour viol et interdit d’exercer. À l’audience, une galerie de patientes, de 40 à 79 ans, est venue défendre ce « praticien formidable », qualifié de « guide de santé », d’« énergéticien ». Aucune n’évoque de gestes déplacés. Pourtant, sur les 27 patientes interrogées par les enquêteurs, certaines ont rapporté des massages mammaires ou des propositions de manipulations pelviennes. Une autre a déposé plainte pour agression sexuelle, après un prétendu massage de nodules mammaires qu’aucun gynécologue n’a confirmé. Une autre encore aurait laissé un bijou pour revenir, dans ce qui s’apparente à un jeu de séduction. L’expertise psychiatrique le décrit sans profil déviant. En face, Céline, elle, n’a pas changé sa version depuis cinq ans. Elle a perdu son enfant une semaine après les faits. Quinze jours d’ITT lui ont été prescrits. L’accusé nie toute intention sexuelle et plaide un geste purement médical. Il encourt vingt ans de réclusion. Verdict attendu ce vendredi.