C’est une prise de parole extrêmement rare. Sur la chaîne YouTube dans son format « Dans le Monde d’Olivier », l’animateur et journaliste Olivier Delacroix a diffusé un long entretien avec Me Janine Bonaggiunta, avocate pénaliste et mère de Romain Bouvier, l’un des deux accusés dans l’affaire de la mort de l’ancien rugbyman argentin Federico Martín Aramburú.
Dans cette interview intime, l’avocate revient pour la première fois publiquement sur le drame survenu dans la nuit du 19 mars 2022 sur le boulevard Saint-Germain à Paris. Une affaire devenue hautement médiatique et politique, dans laquelle Loïk Le Priol sera jugé en septembre 2026 pour assassinat, tandis que son fils comparaîtra pour tentative d’assassinat.
« La réalité a été complètement déformée »
Face au journaliste, Me Janine Bonaggiunta conteste frontalement la manière dont l’affaire a été présentée dans les médias depuis quatre ans. Très rapidement après les faits, plusieurs articles avaient évoqué un « crime raciste » et des profils liés à l’ultradroite.
Selon elle, cette lecture ne correspond pas à la réalité de cette nuit-là.
Elle décrit une soirée qui commence pourtant dans une ambiance calme dans un établissement du boulevard Saint-Germain. Les premiers échanges entre le groupe de Romain Bouvier et les deux anciens rugbymen argentins auraient même été cordiaux. Mais une altercation éclate finalement au cœur de la nuit entre les sportifs et un ami de Romain.
« Il répétait qu’il ne voulait pas se battre », affirme sa mère, qui décrit un jeune homme « littéraire », « créatif » et peu habitué à la violence avant certaines rencontres de ces dernières années.
Une scène de panique au cœur du dossier
Dans son récit, Me Bonaggiunta explique que son fils aurait été pris de panique après qu’un des rugbymen se serait avancé vers lui en lui lançant : « Tu es mort. »
Romain Bouvier sort alors une arme ancienne qu’il transportait sur lui. Un élément central du dossier judiciaire.
L’avocate reconnaît elle-même ne jamais avoir accepté que son fils puisse porter une arme, même si elle rappelle qu’il collectionnait les objets anciens et les armes du XIXe siècle. Selon elle, il aurait tiré vers le sol afin d’intimider et de stopper l’avancée des hommes face à lui.
Quelques instants plus tard, une seconde séquence se déroule sans sa présence : Loïk Le Priol revient sur place et tire mortellement sur Federico Martín Aramburú.
Pour la mère de Romain Bouvier, cette distinction entre les deux scènes est fondamentale dans la compréhension du dossier.
« Je veux simplement qu’il soit jugé pour ce qu’il a fait »
Tout au long de l’entretien, Janine Bonaggiunta insiste sur un point : elle ne cherche pas à nier les faits ni à déresponsabiliser son fils.
« Je veux simplement qu’il soit jugé pour ce qu’il a réellement fait », répète-t-elle à plusieurs reprises.
L’avocate revient aussi sur le traitement médiatique de cette affaire et sur les conséquences personnelles qu’elle a subies. Certaines clientes auraient quitté son cabinet après l’éclatement du scandale. Elle raconte également le poids du regard des autres et la découverte brutale du quotidien des familles de détenus.
Depuis l’incarcération de son fils, elle fréquente régulièrement les parloirs des maisons d’arrêt, non plus comme avocate, mais comme mère. « On est tous enfermés avec eux », confie-t-elle dans cet échange particulièrement personnel.
Un procès très attendu en septembre 2026
Le procès de l’affaire Federico Martín Aramburú doit se tenir en septembre 2026 devant la cour d’assises de Paris durant plusieurs semaines. Les vidéos de surveillance de cette nuit-là devraient notamment être longuement analysées au cours des débats.
Dans ce témoignage poignant, Me Janine Bonaggiunta livre avant tout le regard d’une mère confrontée depuis quatre ans à une affaire devenue symbole médiatique.
« Quand il m’a appelé après son arrestation, il m’a dit : “Je te promets une chose, je n’ai pas tué.” » Une phrase qu’elle affirme porter encore chaque jour.
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