MaPrimeRénov' : trois dirigeants devant la justice pour une fraude d'un million d'euros à Saintes
MaPrimeRénov' : trois dirigeants devant la justice pour une fraude d'un million d'euros à Saintes

Ce vendredi 24 avril, le tribunal correctionnel de Saintes (Charente-Maritime) voit défiler un dossier qui sent la paperasse trafiquée et l’argent public siphonné. Trois dirigeants d’une société de conseil, une femme de 38 ans et deux hommes de 38 et 41 ans, comparaissent pour escroquerie et blanchiment en bande organisée, dans une affaire liée à MaPrimeRénov’. Interpellés fin mars, ils sont soupçonnés d’avoir obtenu des aides indûment en usurpant l’identité d’artisans, pour un préjudice évalué à un million d’euros. Le parquet évoque près de 50 victimes, particuliers comme professionnels.

Derrière l’intitulé technique du dispositif, l’enquête décrit un scénario assez simple pour être rentable. Des dossiers de rénovation énergétique étaient montés comme si tout était intégralement financé via l’Agence nationale de l’habitat (Anah), qui pilote MaPrimeRénov’. La clé, c’est le label RGE, indispensable pour décrocher l’aide: les prévenus auraient utilisé l’identité d’entreprises labellisées afin d’établir de faux devis. Une fois les demandes validées, les subventions auraient été versées directement à la société mise en cause. Rapide, discret, lucratif.

La mécanique bien huilée des faux dossiers

À mesure que les audiences s’enchaînent, c’est l’autre visage de la rénovation énergétique qui apparaît, celui d’un guichet devenu aimant à fraude. L’Anah indique être partie dans 28 procédures pénales en cours, dont 23 portant sur MaPrimeRénov’. Le gouvernement avait déjà pointé un « excès de fraude » pour justifier la suspension du dispositif en juin 2025, signe qu’à force de colmater, on finit parfois par fermer le robinet. En 2024, l’agence affirme avoir rejeté un dossier sur dix dans le cadre de ses contrôles.

Le dossier de Saintes n’est pas un accident isolé. Début mars, à Paris, sept hommes ont été jugés, soupçonnés d’avoir détourné 1,13 million d’euros en déposant 2 080 dossiers frauduleux entre mi-2022 et début 2023, notamment pour des audits énergétiques. Le parquet y a requis des peines allant de 18 mois de prison avec sursis à deux ans ferme, avec une décision attendue le 8 juin. Même méthode, même obsession du volume, comme si l’administration devait suivre le rythme plutôt que l’inverse.

Reste un chiffre qui parle au contribuable, celui des fraudes repérées avant paiement. En 2024, sur 3,77 milliards d’euros d’aides distribuées, l’Anah dit avoir identifié et évité 230 millions d’euros de tentatives de fraude, soit 44 000 demandes bloquées et autant de sommes non versées. En 2025, sur 4,39 milliards, l’agence évoque 174 millions d’euros de fraudes évitées. La machine à rénover, elle, ne s’arrêtera pas longtemps, la question est de savoir à quel prix de contrôles, de délais et de confiance regagnée.

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