Plus de vingt ans après des consultations qui ont bouleversé leur vie, deux femmes de Loire-Atlantique ont décidé de sortir du silence et de se regrouper pour tenter de retrouver d’autres patientes. Aujourd’hui âgées de 46 et 52 ans, elles affirment avoir été victimes de viols et d’agressions sexuelles en 2004, lors de consultations chez un médecin généraliste du Loroux-Bottereau, à une vingtaine de kilomètres de Nantes. Conscientes que les faits qu’elles dénoncent sont prescrits, elles ont créé à la mi-octobre un collectif via un groupe Facebook pour rassembler d’autres témoignages. En un mois, elles disent avoir recensé une trentaine de récits de victimes potentielles. Les deux femmes expliquent qu’à l’époque, elles consultaient pour des douleurs physiques tout à fait classiques, l’une pour des douleurs rénales, l’autre pour des douleurs utérines liées à une endométriose. Elles racontent que le praticien aurait alors imposé des examens gynécologiques extrêmement intrusifs, qu’elles ont perçus comme sans lien avec leurs symptômes. L’une d’elles affirme qu’il lui aurait expliqué vouloir vérifier des zones intimes en présentant cela comme une étape nécessaire pour comprendre l’origine de ses douleurs. L’autre décrit un examen vécu comme humiliant et profondément déplacé, au cours duquel un toucher rectal lui aurait été imposé. Toutes deux disent être sorties de la consultation en éprouvant un sentiment de honte, de sidération et de malaise, sans parvenir dans l’immédiat à qualifier juridiquement ce qu’elles venaient de subir.
Un combat relancé des années plus tard par une enquête de gendarmerie
À la suite de ces consultations, les patientes se tournent vers le Conseil de l’Ordre des médecins de Loire-Atlantique. Selon leurs témoignages, l’institution leur répond par courrier que les actes décrits seraient conformes aux pratiques médicales, estimant qu’il s’agit de parole contre parole. L’une d’elles est même convoquée face au praticien mis en cause dans le cadre d’une procédure ordinale, où elle se sent en position d’infériorité, jeune et impressionnée. Elle se souvient qu’un médecin lui aurait suggéré qu’elle pourrait déposer plainte, tout en la dissuadant aussitôt en évoquant la difficulté de la démarche et l’impact psychologique potentiel. Aucune des deux femmes ne saisira alors la justice. Le dossier rebondit pourtant en 2020. Les deux patientes sont convoquées par la gendarmerie dans le cadre d’une enquête visant ce même médecin. Pour la première fois, elles disent avoir entendu les enquêteurs parler d’elles comme de victimes, même si les faits sont prescrits. L’une d’elles reçoit un courrier du tribunal judiciaire de Nantes mentionnant une qualification de viol par personne dépositaire de l’autorité que lui confère sa fonction, ce qui lui apporte à la fois un sentiment de reconnaissance et une forme de violence symbolique liée aux mots employés. Elles apprennent également qu’elles ne seraient pas les seules à avoir signalé des faits similaires. Alors qu’elles pensent que la procédure a entraîné des conséquences professionnelles pour le praticien, l’une des deux femmes découvre par hasard, en appelant le SAMU un soir, qu’elle se trouve en ligne avec ce médecin. Elle affirme avoir alors réalisé qu’il exerce toujours, au moins dans le cadre de téléconsultations de régulation médicale au SAMU de Loire-Atlantique, information confirmée par le CHU de Nantes qui précise qu’il n’est pas salarié mais intervient dans le cadre d’une convention de partenariat. Cette découverte ravive sa colère et son sentiment d’injustice. Déterminées à ne plus rester isolées, les deux femmes ont donc lancé un collectif de victimes pour retrouver d’autres patientes, accéder au dossier judiciaire et être entendues dans le cadre de l’instruction en cours. Elles invitent les personnes concernées à les contacter via le groupe Facebook « Collectif des victimes d’un médecin du Loroux-Bottereau ». Elles affirment vouloir à la fois soutenir d’éventuelles victimes, faire reconnaître ce qu’elles ont vécu et contribuer à ce que de telles situations soient mieux prises en compte par les institutions médicales et judiciaires, tout en rappelant que le médecin mis en cause bénéficie de la présomption d’innocence dans l’attente des décisions de justice.