Mardi 24 mars, Ilyas Kherbouch, 21 ans, surnommé « Ganito », a été mis en examen à Paris par des juges d’instruction de la JIRS. Treize jours après sa fuite de la maison d’arrêt de Villepinte, le jeune homme a été placé en détention provisoire à l’isolement. A l’audience devant le juge des libertés et de la détention, visage fermé, il a protesté en apercevant des journalistes dans la salle, comme si la lumière le prenait de court.
Les magistrats retiennent une évasion en bande organisée, des faits de corruption visant un dépositaire de l’autorité publique et une personne chargée d’une mission de service public, ainsi que des faux et usage de faux. S’y ajoute une mise en examen pour association de malfaiteurs délictuelle. Son avocate, Me May Sarah Vogelhut, assure qu’il s’est laissé interpeller « sans jamais aucune violence » et indique qu’il souhaitait qu’elle prenne la parole.
Retour au point de départ, le 7 mars. En plein après-midi, trois personnes se présentent à Villepinte, deux se faisant passer pour des policiers venus extraire un détenu, documents judiciaires à la main. Des papiers faux, selon le parquet de Paris, mais suffisamment convaincants pour ouvrir la porte. Kherbouch quitte l’établissement sans heurt, comme un visiteur qu’on raccompagne.
Une sortie au calme, une alerte trop tardive
Le plus glaçant tient dans la suite: l’absence n’est constatée que quarante-huit heures plus tard, à l’issue du délai maximal d’une garde à vue. Deux jours. Dans un pays où l’on promet régulièrement « plus de rigueur », ce genre de trou dans la raquette n’a rien d’anecdotique. L’évasion n’a pas eu besoin de fracas, seulement d’un timing et d’un contrôle trop confiant.
Vendredi soir, la cavale s’est achevée à Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales), où le fugitif a été interpellé avec sa compagne, une ancienne surveillante pénitentiaire, encore entendue mardi soir par les juges. Selon Me Vogelhut, Kherbouch affirme « qu’elle n’a rien à voir là-dedans » et dit vouloir la protéger. Reste que la proximité avec l’univers carcéral, la facilit́e apparente de la sortie et la piste des faux documents dessinent un scénario qui intéresse de près les magistrats.
Une phrase, enfin, résume l’état d’esprit affiché: il aurait décrit sa fuite comme « les dix plus beaux jours de sa vie ». Dix jours de liberté revendiqués comme une parenthèse heureuse, puis le retour au bâti dur, à l’isolement et à la procédure. L’enquête, elle, s’annonce longue, avec une question en filigrane qui plane sur Villepinte et au-delà: jusqu’où une filière a-t-elle pu s’organiser sans se faire voir.
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