Pendant sept heures, au tribunal correctionnel de Caen, ce jeudi 4 décembre 2025, parents, enfants et avocats ont défilé à la barre pour revenir sur le passage d’une enseignante dans deux écoles du Calvados. L’institutrice, qui a exercé à Bénouville puis à Hérouville-Saint-Clair, est poursuivie pour des violences sans incapacité sur mineurs de moins de 15 ans, à la suite de nombreux signalements de familles. L’affaire trouve son origine dans des comportements d’enfants devenus brusquement craintifs, agressifs ou angoissés à l’idée de se rendre en classe. Certains parents ont décrit des nuits agitées, des refus de dormir seuls ou dans le noir, des colères répétées, sans qu’aucune difficulté particulière ne soit signalée par l’école. Quand ils ont interrogé l’enseignante sur l’éventualité de problèmes en classe, celle-ci aurait systématiquement affirmé qu’il ne se passait rien d’anormal. Les parents ont fini par faire le lien lorsque plusieurs enfants, indépendamment les uns des autres, ont raconté des scènes similaires. Ils ont évoqué des punitions vécues comme humiliantes, des brimades répétées et des gestes violents présentés comme des corrections éducatives. Certains enfants auraient expliqué à leurs parents qu’ils devaient, par exemple, réprimer les gros mots sous peine de subir des sanctions particulièrement marquantes, prétendument infligées à l’ensemble de la classe.
Un faisceau de témoignages sur des violences physiques et psychologiques
À la barre, les familles ont décrit une atmosphère de peur dans la classe. Plusieurs enfants auraient raconté des tirages de cheveux, des punitions dans le noir ou à l’écart, des gifles et des remarques dégradantes. Des parents ont indiqué que leurs enfants se sentaient rabaissés, qualifiés en permanence de mauvais élèves ou de fauteurs de trouble, au point d’intérioriser l’idée qu’ils étaient responsables de tout ce qui n’allait pas dans la classe. Les avocats des parties civiles ont insisté sur le jeune âge des enfants au moment des faits, parfois à peine deux ou trois ans. Ils ont estimé que ces élèves n’avaient ni le recul ni la capacité d’inventer collectivement des scènes aussi précises, et que la convergence de leurs récits révélait un mode de fonctionnement global en classe plutôt que des incidents isolés. Certains conseils ont aussi pointé l’absence de garde fou autour de l’enseignante, en reprochant à l’institution scolaire et au personnel encadrant de ne pas avoir réagi plus tôt, malgré des signaux d’alerte. Des salariées de cantine ou de service auraient, selon les avocats, perçu un malaise mais se seraient senties impuissantes ou contraintes au silence. Les parents, eux, disent avoir longtemps douté, oscillant entre confiance accordée à l’institution et inquiétude face aux changements de comportement de leurs enfants. L’audience a ravivé ce sentiment de culpabilité rétrospective chez certains, qui estiment ne pas avoir pris au sérieux assez tôt les premiers signes.
Une enseignante qui conteste les faits et une peine avec sursis requise
Face au tribunal, l’enseignante s’est présentée comme une professionnelle anéantie par la procédure, affirmant avoir le sentiment d’être la cible d’un acharnement. Elle a nié avoir maltraité ses élèves et a évoqué, pour expliquer la situation, des classes particulièrement difficiles, composées selon elle d’enfants au comportement compliqué. Concernant une gifle au cœur des débats, elle a soutenu qu’il ne s’agissait pas d’un geste volontaire, mais de la conséquence d’une main qui aurait glissé en voulant saisir un enfant par la veste et qui serait arrivée par accident sur sa joue. Les avocats des familles ont décrit une audience éprouvante, notamment pour les enfants présents, qui ont vu leurs souvenirs disséqués et parfois remis en cause. Ils estiment que la stratégie de défense, fondée sur la contestation globale des faits, constitue une nouvelle épreuve pour leurs clients. Le ministère public a requis six mois de sursis probatoire pendant deux ans, assortis d’une obligation de soins et d’une interdiction d’exercer un métier en lien avec des mineurs pendant la même durée. Pour les parents, l’enjeu dépasse le seul cas individuel de cette enseignante. Ils espèrent que cette procédure donnera du courage à d’autres familles confrontées à des situations similaires, dans des classes où des méthodes éducatives franchissent la ligne rouge. Le jugement a été mis en délibéré, et la décision sera scrutée de près par les parties civiles, qui y voient autant un verdict pénal qu’un signal adressé à toute la communauté éducative.