Trente-quatre ans après le meurtre de Sophie Narme, l’enquête piétine et la justice refuse d’ouvrir une nouvelle voie : le tribunal de Nanterre a rejeté la demande d’exhumation formulée par la défense de Dominique Pelicot. Cet homme de 72 ans, déjà condamné à vingt ans de réclusion dans l’affaire des viols de Mazan, est mis en examen dans deux dossiers non résolus, dont celui de cette agente immobilière de 23 ans, retrouvée morte en décembre 1991 dans le 19ᵉ arrondissement de Paris. Pour son avocate, Béatrice Zavarro, cette exhumation aurait permis de rechercher une ultime trace d’ADN pour innocenter son client. Mais la réponse des magistrats est sèche : l’état de la dépouille, inhumée dans un cercueil non plombé, rend toute analyse biologique inutile. Les seuls fragments exploitables — notamment les ongles — ont déjà été prélevés lors de l’autopsie initiale.
Une preuve cruciale, perdue à jamais
Le dossier Sophie Narme traîne comme une plaie ouverte. Du sperme avait bien été prélevé sur le corps de la victime en 1991, mais il a disparu dans les quinze jours suivant sa mort. Une « erreur » d’archivage ou d’étiquetage, jamais élucidée, qui a conduit à la perte de ce qui aurait pu être la preuve décisive. L’État a d’ailleurs été condamné en 2010 pour dysfonctionnement. Depuis, les soupçons s’appuient uniquement sur des rapprochements de mode opératoire. Dominique Pelicot est devenu le principal suspect après la découverte de son ADN dans une autre affaire, à Villeparisis en 1999. Là aussi, une jeune agente immobilière est agressée à l’éther, lors d’une visite. Même profil de victime, même méthode : cutter, cordelettes, tentative d’endormissement. Pelicot a reconnu cette agression mais continue de nier tout lien avec le meurtre de Sophie Narme.
Une justice accusée d’avoir laissé passer sa chance
L’ADN de Pelicot figurait dans le Fichier national dès 2010, après une interpellation pour voyeurisme. Il correspondait déjà à l’échantillon retrouvé à Villeparisis. Mais malgré cette concordance, l’affaire est restée enterrée. Aucune relance d’enquête, aucun lien fait avec les faits de 1991. Ce n’est qu’en 2020, après une nouvelle interpellation pour les mêmes faits de voyeurisme à Carpentras, que les dossiers ressortent enfin des cartons. Pour la défense comme pour les proches de Sophie Narme, un sentiment d’amertume domine. L’avocate de Pelicot affirme que « l’exhumation aurait dû être faite depuis longtemps, pour clore définitivement le débat ». À ce stade, l’instruction se poursuit au pôle dédié aux crimes sériels de Nanterre. Mais l’absence de trace ADN exploitable sur le corps de la victime laisse planer une incertitude : saura-t-on un jour ce qui est réellement arrivé à Sophie Narme ?