Il y a dix-huit mois, Alain Esquerre lançait un simple appel à témoignages sur Facebook. Depuis, l’ancien élève de Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, est devenu le porte-voix d’un scandale d’une ampleur inédite en France. Ce jeudi 24 avril, il publie Le Silence de Bétharram, un ouvrage coécrit avec la journaliste Clémence Badault, qui documente, à travers 240 pages, des décennies de violences physiques, psychologiques et sexuelles, systématiquement étouffées par l’institution catholique.
À travers les récits de dizaines de victimes – dont certains noms sont aujourd’hui connus du grand public –, Alain Esquerre décrit un système structuré où les prêtres et les surveillants de l’établissement s’en prenaient de manière répétée aux plus vulnérables. Selon lui, un tiers des enfants abusés l’ont été par deux adultes agissant ensemble, dans un climat d’impunité. L’auteur parle d’un « continent de violences sexuelles » qu’il découvre peu à peu, à mesure que les témoignages affluent. À ce jour, plus de 200 plaintes ont été déposées. Seules deux ne sont pas prescrites, mais elles ont suffi à la mise en examen d’un ancien surveillant.
Le témoignage bouleversant de la fille de François Bayrou
Parmi les voix les plus marquantes, celle d’Hélène Perlant, fille du Premier ministre François Bayrou, scolarisée à Igon, dans un établissement lié à la congrégation. Elle y raconte l’agression d’une extrême violence subie à l’âge de 14 ans lors d’un camp d’été. Tirée par les cheveux, rouée de coups par un prêtre, humiliée devant ses camarades : ce témoignage, l’un des plus glaçants du livre, met à mal l’idée que le statut social protégeait les enfants de ce système. Hélène Perlant n’a jamais parlé à son père, qu’elle dit avoir inconsciemment voulu protéger. Elle n’a pris la parole qu’aujourd’hui, pour libérer sa propre voix – et celle des autres.
Si le nom de François Bayrou est souvent revenu ces derniers mois dans le cadre de cette affaire, Alain Esquerre refuse de résumer Bétharram à une « affaire Bayrou ». Il dénonce une responsabilité collective : celle d’une société béarnaise qui a fermé les yeux. « Tout le monde a fui, tout le monde est lâche », écrit-il. Pour autant, il attend du Premier ministre des explications claires lorsqu’il sera auditionné, le 14 mai, par la commission d’enquête parlementaire.
Avec ce livre, Alain Esquerre ne cherche ni vengeance ni revanche. Il livre une vérité, la sienne et celle de centaines d’anciens élèves. Un témoignage puissant, qui vient sceller la fin d’un silence – et espérer, peut-être, la justice.