La ville de Menton s’apprête à transformer l’ancien hôtel « Le Chouchou », laissé à l’abandon depuis des années, en un centre d’accueil pour auteurs de violences intrafamiliales. Une première dans les Alpes-Maritimes, département où plus de 3 000 plaintes pour violences conjugales ont été déposées en 2023. Pour la municipalité, l’objectif est d’éviter la « double peine » pour les victimes, souvent contraintes de quitter leur domicile. Réhabilité grâce à 1,3 million d’euros de travaux, dont 60 % financés par le Fonds vert de l’État, le bâtiment accueillera neuf chambres et un dispositif d’accompagnement assuré par psychologues, addictologues et assistants sociaux à l’horizon fin 2027.
Entre prévention de la récidive et critiques politiques
Soutiens du projet et opposants s’affrontent déjà. Pour ses promoteurs, dont l’ex-adjoint aux affaires sociales Florent Champion, la mise à l’écart du conjoint violent permet de protéger plus efficacement les femmes et les enfants, tout en engageant un suivi structurant pour prévenir la récidive. Inspiré d’un modèle existant à Arras, le centre agirait dans un cadre strict : hébergement contrôlé, contrat de comportement et coordination permanente entre mairie, parquet, État et département.
Mais l’opposition municipale fulmine. « C’est un raisonnement par l’absurde », dénonce l’élu Jean-Christophe Storaï, estimant que « la place des gens qui battent leur femme, c’est en prison », pas dans un centre dédié. Une comparaison qu’il pousse jusqu’à évoquer « des logements pour dealers » offerts par la ville. La majorité rétorque que ces mesures d’hébergement ne concernent pas les auteurs les plus dangereux, et visent à combler un vide entre la garde à vue, souvent suivie d’une remise en liberté, et les éventuelles poursuites judiciaires.
Alors que le programme avance, la municipalité étudie en parallèle la création de logements dédiés… cette fois pour les victimes. Un signal que Menton veut traiter les violences intrafamiliales « à la source », sans négliger celles et ceux qui en subissent les conséquences.