Ce dimanche, dans une lettre ouverte adressée à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard et à l’inspecteur général de la santé publique vétérinaire Jean-Luc Angot, plus de cinquante vétérinaires dénoncent les « abus de pouvoir » des services vétérinaires de la direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations des Landes (ex-DDCSPP).
L’euthanasie était-elle impérieuse ?
Le 18 mai 2017, 161 macaques de Java sont abattus à Labenne, dans les Landes. La justification officielle ? Une menace pour la santé publique : ces primates étaient porteurs de l’herpès B, un virus potentiellement mortel pour l’humain. Mais derrière cet argument sanitaire se dessine un enchaînement d’irrégularités, d’absurdités administratives et d’opacité, dénoncés aujourd’hui par plus de cinquante vétérinaires dans une lettre ouverte à la ministre de l’Agriculture. Car si le virus aHV1 existe bel et bien, aucun cas de contamination humaine par des macaques de Java n’a jamais été recensé dans un parc zoologique, en France ou ailleurs. Tous les cas connus dans le monde concernent des macaques rhésus, en laboratoire, dans des conditions d’exposition intenses. Pourtant, malgré l’absence de danger immédiat et la non-recommandation d’euthanasie par l’Anses, les autorités ont ordonné l’abattage massif. Sans arrêté officiel, mais via un simple courrier recommandé. Pas de recours possible. Pas de débat public.
Une affaire verrouillée, des enjeux troubles
À la manœuvre, la préfecture des Landes et la DDPP, qui ont imposé des délais intenables pour reloger les animaux, freiné les initiatives des associations et contourné les procédures légales. Deux mâles survivants, Miguel et Junior, ont pu être sauvés in extremis… après deux ans de blocages. Dans les coulisses, certains évoquent un lien avec le Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest, dont le tracé passait par les terres de La Pinède des Singes. Coïncidence ou opportunisme administratif ? Aujourd’hui, le cas des macaques ressurgit à travers un autre projet bloqué : Big Cats, un sanctuaire pour fauves issus des cirques, lui aussi empêché par la même DDPP. Pour les signataires de la lettre ouverte, l’euthanasie des singes est le symbole d’un système opaque, arbitraire, où la peur sanitaire masque des logiques économiques et politiques. « Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage », dit le proverbe. À Labenne, c’est toute une population de primates qu’on a voulu faire taire. Définitivement.