Le producteur de légende Timbaland a déclenché une vive polémique dans l’industrie musicale en dévoilant sa nouvelle « artiste », TaTa, une chanteuse entièrement générée par intelligence artificielle. Cette dernière est la première signature de son label Stage Zero, une structure fondée pour explorer un genre inédit : la « pop artificielle ». Si l’initiative intrigue, elle soulève surtout de sérieuses inquiétudes chez les artistes et professionnels du secteur.

Une artiste virtuelle au cœur de la stratégie du label Stage Zero

C’est à travers son nouveau label Stage Zero que Timbaland entend redéfinir les contours de la création musicale. L’annonce de TaTa, première chanteuse développée intégralement par IA via la plateforme Suno, a été relayée notamment par Rolling Stone et Billboard. Le producteur affirme qu’il s’agit d’un projet visionnaire destiné à conjuguer narration, technologie et musique dans une forme nouvelle. « Je ne veux plus seulement produire des chansons », expliquait-il dans Billboard, « mais inventer des univers, des histoires, des stars à partir de rien ».

Selon Rolling Stone, TaTa est le fruit d’un processus collaboratif entre créateurs humains et IA, aboutissant à des morceaux plus rapidement finalisés que ceux d’artistes classiques. Timbaland évoque même un « flux naturel » dans leur élaboration. Le réalisateur Rocky Mudaliar, proche collaborateur, décrit cette démarche comme un pas vers un genre musical inédit, qu’ils nomment la A-pop.

Un accueil glacial dans le monde de la musique

Mais cette expérience technologique n’a pas été saluée unanimement. De nombreuses figures de la scène musicale ont exprimé leur malaise ou leur hostilité. Sur Instagram, Yung Guru, ingénieur du son ayant travaillé avec Beyoncé ou Mariah Carey, a réagi vivement : « Ta voix est trop précieuse pour être utilisée dans ce type de projet », déplorant un affaiblissement de l’expression artistique humaine. Joyner Lucas s’est contenté d’un « Nah » sec et Uncle Murda d’un emoji en forme de poubelle. La chanteuse franco-caribéenne Adi Oasis a elle aussi critiqué le choix de miser sur une intelligence artificielle plutôt que de soutenir des talents réels, déjà mis à mal par les plateformes de streaming.

Ces critiques rejoignent une tendance plus large. Depuis 2024, de nombreux artistes – de Billie Eilish à Damon Albarn – dénoncent les dérives de l’IA dans la musique. Certains sont allés jusqu’à produire un « album de silence » pour protester, tandis que des actions en justice ont été lancées, notamment contre la plateforme Suno, accusée d’utiliser sans autorisation des œuvres protégées pour entraîner ses algorithmes, comme le rapportait Vice.

Face à la tempête, Timbaland a tenu à préciser sur Instagram que cette initiative ne signifie pas qu’il délaisse les artistes humains : « Cela veut simplement dire plus de liberté créative pour tous », a-t-il assuré, précisant qu’aucune voix n’a été utilisée sans consentement. Mais dans un climat déjà tendu autour des usages non encadrés de l’IA, sa déclaration n’a pas suffi à apaiser les tensions.

Pour l’instant, le public n’a pas encore pu écouter la voix de TaTa, mais son apparition prochaine sur les plateformes et réseaux sociaux est annoncée comme imminente. Reste à savoir si elle séduira au-delà du buzz – ou si elle cristallisera encore davantage le rejet d’une industrie déjà sur ses gardes.

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