Un festival prestigieux, un chef d’orchestre de renommée mondiale, et une décision qui fait scandale. Le Gent Festival van Vlaanderen a annulé, à la dernière minute, le concert de l’orchestre allemand Münchner Philharmoniker prévu à Gand, sous la direction du chef israélien Lahav Shani. Motif invoqué : son poste de directeur musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël, et l’impossibilité, selon les organisateurs, d’obtenir des « garanties » sur sa position vis-à-vis de la politique menée par Tel Aviv.
Le geste a immédiatement provoqué une onde de choc. Des responsables politiques belges et européens dénoncent une décision discriminatoire, voire dangereuse. À Munich, les dirigeants de l’orchestre se disent « consternés » par ce qu’ils considèrent comme une punition collective : « Exclure un artiste en raison de son origine ou de sa religion est une attaque directe contre les valeurs européennes », ont-ils déclaré. À Rotterdam, où Lahav Shani dirige également l’orchestre philharmonique, on rappelle que le musicien s’est toujours exprimé pour la paix et pour l’humanité.
La polémique a franchi le cadre culturel pour devenir politique. En Allemagne, le ministre de la Culture, Wolfram Weimer, a parlé d’une « honte pour l’Europe ». En Belgique, Bart De Wever (N-VA) a dénoncé une décision « irréfléchie et irresponsable ». Plus tranchant encore, Georges-Louis Bouchez (MR) a réclamé la démission de la ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez (Vooruit), qui a choisi de soutenir le festival.
Alors qu’à Paris, le Théâtre des Champs-Élysées confirme la tenue du même concert le 16 septembre et apporte un soutien sans équivoque au chef israélien, la Belgique donne l’image d’un pays de plus en plus enclin à mélanger politique et culture, quitte à s’isoler sur la scène européenne. Une dérive que certains qualifient déjà de « nouvelle forme de censure », là où l’art devrait au contraire rester un espace de dialogue et d’universalité.
Cette affaire pose une question brûlante : la Belgique est-elle en train de devenir l’un des pays les plus hostiles à Israël, au point de sacrifier des événements culturels de premier plan sur l’autel du débat politique ? Une décision qui, pour beaucoup, restera comme un tournant inquiétant dans l’histoire culturelle récente du pays.
Lahcen Isaac Hammouch
Journaliste et Correspondant de Entrevue.fr