Le 18 décembre 1737, le luthier italien Antonio Stradivari, plus connu sous le nom latinisé de Stradivarius, s’éteint à Crémone à l’âge exceptionnel de 93 ans. Avec lui disparaît l’artisan le plus célèbre de l’histoire de la lutherie, dont les instruments incarnent encore aujourd’hui un idéal de perfection sonore jamais égalé.
Un maître de la lutherie crémonaise
Né en 1644 à Crémone, dans le duché de Milan, Antonio Stradivari grandit dans une ville déjà réputée pour son savoir-faire musical. Il est formé, selon la tradition la plus admise, dans l’atelier de la famille Amati, fondatrice de l’école crémonaise et pionnière du violon moderne. Très tôt, Stradivari se distingue par son exigence extrême et son sens de l’innovation. Dès les années 1680, il dirige son propre atelier et attire une clientèle prestigieuse, fournissant musiciens, cours princières et souverains européens.
Des instruments d’une perfection inégalée
Au cours de sa longue carrière, Stradivarius aurait fabriqué environ 1 100 instruments, dont près de 600 violons, mais aussi des altos, des violoncelles et quelques guitares. Environ 500 d’entre eux sont encore conservés aujourd’hui et figurent parmi les objets les plus précieux du patrimoine musical mondial. Les experts distinguent plusieurs périodes dans son œuvre, culminant avec ce que l’on appelle son « âge d’or », entre 1700 et 1720, durant lequel naissent des violons mythiques comme le Messie, le Dauphin ou le Vieuxtemps.
Le mystère du « son Stradivarius »
Depuis près de trois siècles, la sonorité exceptionnelle des instruments de Stradivari intrigue scientifiques et musiciens. On a longtemps attribué ce miracle acoustique au vernis, à la forme des caisses ou à la précision extrême du travail artisanal. D’autres hypothèses évoquent la qualité singulière du bois utilisé à l’époque, voire l’action de micro-organismes ayant modifié sa structure lors du flottage des troncs sur les rivières lombardes. Aucune explication définitive n’a cependant permis de percer totalement le secret du maître.
Un héritage immortel
À sa mort, Stradivarius laisse son atelier à ses fils Francesco et Omobono, qui poursuivent la production sans jamais atteindre le génie paternel. Son nom devient rapidement un symbole universel d’excellence, au point que « stradivarius » désigne par antonomase le sommet absolu dans un domaine. Trois siècles après sa disparition, les instruments sortis de son atelier continuent de résonner dans les plus grandes salles de concert, rappelant qu’en ce 18 décembre 1737 s’est éteint un homme, mais non son art.