Des frappes de drones sur Port-Soudan font craindre une crise humanitaire majeure
Des frappes de drones sur Port-Soudan font craindre une crise humanitaire majeure

PORT-SOUDAN – Des frappes de drones, les plus violentes à ce jour dans cette région, ont secoué Port-Soudan mardi, marquant une escalade dramatique dans une guerre civile qui entre dans sa troisième année. L’attaque, attribuée aux Forces paramilitaires de soutien rapide (RSF), a visé des infrastructures stratégiques, dont les plus grands dépôts de carburant du pays, le terminal à conteneurs, une sous-station électrique et des zones proches de l’aéroport et de la résidence présidentielle.

Ces frappes ont provoqué d’immenses incendies visibles dans toute la ville, ainsi qu’une panne d’électricité généralisée, affectant les services essentiels. Les autorités redoutent désormais des répercussions humanitaires massives. Port-Soudan est en effet la principale porte d’entrée pour l’acheminement de l’aide humanitaire dans un pays où l’ONU estime que la moitié de la population est en situation de famine aiguë.

La ville portuaire de la mer Rouge avait jusqu’à présent été relativement épargnée par les combats, devenant un refuge pour des centaines de milliers de déplacés, ainsi qu’un centre logistique pour les opérations humanitaires, les diplomates et les agences onusiennes. Elle sert aussi de base au gouvernement resté fidèle à l’armée soudanaise, après que les RSF ont pris le contrôle de la capitale Khartoum en 2023.

Les autorités militaires ont accusé les RSF d’être à l’origine de ces frappes, bien que le groupe paramilitaire n’ait pas encore revendiqué officiellement les attaques. Ces frappes font suite à un raid de l’armée contre l’aéroport de Nyala, contrôlé par les RSF, dans la région du Darfour.

Le conflit au Soudan, qui a déjà déplacé plus de 12 millions de personnes, prend une tournure encore plus dangereuse avec l’usage croissant de drones, qui permet aux RSF de frapper au cœur du territoire tenu par l’armée. Les installations pétrolières endommagées jouent un rôle clé dans la fourniture d’électricité et de gaz domestique, tandis que les ports et aéroports touchés entravent les flux humanitaires, risquant d’aggraver une situation déjà qualifiée par l’ONU de « pire crise humanitaire au monde ».

Cette montée de violence a été fermement condamnée par l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Nations Unies. Le gouvernement soudanais continue d’accuser les Émirats arabes unis de soutenir les RSF, des allégations jugées crédibles par des experts onusiens mais niées par Abou Dhabi. La Cour internationale de justice a pour sa part déclaré qu’elle ne pouvait pas statuer sur l’affaire pour le moment.

Alors que l’armée et les RSF se livrent toujours à de violents combats dans plusieurs régions, notamment autour d’el-Féchir au Darfour-Nord, le conflit semble s’enliser dans une impasse meurtrière, avec des zones de contrôle de plus en plus distinctes et peu de perspectives immédiates de résolution politique.

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