Le Hamas, longtemps acteur dominant dans la bande de Gaza, traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Privé de nombreux cadres dirigeants, amputé de son réseau de tunnels souterrains et confronté à des doutes croissants sur le soutien de son allié iranien, le mouvement islamiste fait désormais face à une menace autant interne qu’externe, dans un contexte de cessez-le-feu fragile avec Israël.
Selon des sources proches du Hamas interrogées par Reuters, le groupe ne parvient plus à exercer un contrôle total sur ses combattants, désormais contraints d’opérer de manière autonome. À cette perte d’autorité s’ajoute l’émergence de clans locaux rebelles et de pillards, encouragés par la faiblesse du pouvoir central du Hamas et, selon ces mêmes sources, par un soutien discret d’Israël à ces factions opposées.
La pression militaire israélienne reste constante. Pourtant, au-delà du conflit armé, c’est l’effritement du soutien populaire et tribal qui inquiète les dirigeants du Hamas. Un cessez-le-feu durable serait nécessaire non seulement pour alléger la catastrophe humanitaire qui accable la population gazaouie, mais aussi pour permettre au mouvement de tenter une réorganisation et d’éliminer les foyers de contestation interne, estiment plusieurs interlocuteurs.
L’un des symboles de cette lutte intestine est la traque infructueuse de Yasser Abu Shabab, un chef rebelle retranché dans Rafah, secteur désormais contrôlé par les troupes israéliennes. Le Hamas a envoyé certains de ses meilleurs éléments pour l’éliminer, en vain jusqu’à présent.
Malgré ces difficultés, le Hamas conserve une capacité opérationnelle résiduelle. Il a ainsi revendiqué une attaque mardi qui a coûté la vie à sept soldats israéliens dans le sud de la bande de Gaza. Néanmoins, selon trois diplomates au Moyen-Orient, les renseignements indiquent que le groupe a perdu son commandement centralisé et ne serait plus capable de mener une guerre coordonnée à grande échelle, se contentant désormais d’attaques opportunistes.
Face à cette situation, la question du soutien de l’Iran devient cruciale. Si Téhéran a longtemps apporté une aide stratégique et logistique au Hamas, l’ampleur des pertes récentes et la nouvelle donne régionale pourraient remettre en question cette alliance, accentuant encore l’isolement du groupe à Gaza.