À Khartoum, les familles reviennent dans les ruines... et tombent sur des obus non explosés
À Khartoum, les familles reviennent dans les ruines... et tombent sur des obus non explosés

Alors que les familles tentent de regagner leurs foyers dans une Khartoum ravagée par deux ans de guerre civile, elles découvrent une nouvelle menace terrifiante : les rues, les écoles et les maisons sont parsemées de munitions et de missiles non explosés, transformant chaque retour en une roulette russe mortelle.

Dans le quartier d’Amarat, Abdelaziz Ali, ancien administrateur d’école, a failli marcher sur un obus caché sous des chiffons, dans ce qui fut autrefois une école primaire. « C’est une école pour enfants. Je suis terrifié, je ne sais pas quoi faire », confiait-il, encore sous le choc. À quelques pas, d’autres projectiles ont été retrouvés dans des voitures écrasées ou à proximité d’un jardin d’enfants.

Ces obus dormants ne sont pas rares. Le Centre national soudanais de lutte antimines estime avoir détruit plus de 12 000 engins explosifs depuis le début du conflit en avril 2023, et en a découvert 5 000 supplémentaires dans les zones récemment reprises à la rébellion. Mais les moyens manquent cruellement. « Nous avons besoin de 90 millions de dollars rien que pour commencer des opérations de déminage sérieuses », alerte le général Khaled Hamdan, directeur du centre.

Les combats, qui ont éclaté entre l’armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) à la suite d’un projet d’intégration controversé, continuent de faire rage, en particulier dans l’ouest du pays. Tandis que l’armée regagne du terrain dans la capitale et dans le centre du Soudan, les RSF ont adopté de nouvelles tactiques, multipliant les frappes de drones sur les infrastructures.

Dans ce contexte chaotique, les équipes de déminage – soudanaises, onusiennes, mais aussi bénévoles – luttent contre le temps. À Khartoum, seulement cinq équipes sont actives. À Omdurman, la ville jumelle, Helow Abdullah, chef d’une équipe bénévole, rapporte avoir neutralisé plus de dix obus en une seule journée. Les munitions sont ramassées à la main, placées dans des valises ou des boîtes, ou alignées à l’arrière de camionnettes.

La situation est d’autant plus préoccupante que les populations reviennent massivement. Plus de 100 000 personnes sont rentrées dans la capitale depuis que l’armée y a rétabli son contrôle. Sans déminage systématique, les habitants s’exposent à chaque pas.

Muazar, un adolescent de 16 ans, a perdu son bras gauche et a été gravement blessé par l’explosion d’un obus alors que sa famille déblayait les décombres de leur maison sur l’île de Tuti, au confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc. « C’était un obus antiaérien de 23 mm. Il a explosé sans prévenir », raconte son oncle, debout à son chevet dans un hôpital d’Omdurman.

Le Programme d’action contre les mines des Nations Unies a failli suspendre ses activités en mars en raison de coupes budgétaires américaines. Le Canada a permis temporairement sa survie. Mais selon Sediq Rashid, responsable du programme au Soudan, les efforts actuels ne couvrent qu’une infime partie du territoire. « Ces zones doivent être sécurisées par des équipes professionnelles… mais les gens rentrent avant. »

Dans les décombres de Khartoum, ce ne sont plus seulement les murs effondrés qui menacent : c’est ce que l’on ne voit pas, ou plus, qui tue.

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