Le Congrès salvadorien a voté vendredi l’extension de deux années supplémentaires de la détention provisoire pour plus de 80 000 personnes arrêtées dans le cadre de l’état d’urgence instauré contre les gangs. La mesure, soutenue par le parti présidentiel Nouvelles Idées et ses alliés, a été adoptée à une large majorité par 57 voix contre 3.
Le procureur général Rodolfo Delgado a affirmé que cette prolongation permettra aux autorités de mener des enquêtes plus approfondies, de rassembler des preuves solides et d’obtenir des condamnations contre les membres du crime organisé. Le texte prévoit en outre la possibilité d’ajouter douze mois supplémentaires si nécessaire.
Cette décision intervient alors que le président Nayib Bukele continue de jouir d’une forte popularité grâce à la baisse de la criminalité enregistrée depuis la mise en place de l’état d’exception en mars 2022. Toutefois, la suspension de droits constitutionnels fondamentaux et les retards dans les procédures judiciaires suscitent de vives critiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Parmi les droits suspendus figurent la durée maximale de détention avant présentation devant un juge ainsi que l’accès garanti à un avocat. Depuis le début de cette politique, plus de 88 000 personnes ont été arrêtées pour des liens présumés avec des gangs, dont environ 90 % attendent encore leur procès.
L’opposition dénonce une atteinte à l’État de droit. Claudia Ortiz, députée du parti VAMOS, a accusé le gouvernement de « démontrer son incapacité à rendre justice ». « Ils ont eu plus de deux ans pour enquêter sérieusement sur ces affaires et traduire en justice les détenus. Comme cela n’a pas été fait à temps, l’Assemblée nationale doit faire une faveur au parquet », a-t-elle déclaré.
Les autorités affirment préparer des centaines de procès de masse, les accusés étant regroupés par catégories afin de faciliter les procédures. « Une telle quantité de personnes ne peut pas être jugée en une ou deux semaines », a expliqué le procureur Delgado, soulignant le temps nécessaire pour examiner les preuves et rendre des verdicts individuels.
L’état d’urgence, initialement décrété après un massacre de gangs en mars 2022, reste ainsi au cœur de la stratégie sécuritaire de Bukele. Mais il continue d’alimenter un débat national et international sur l’équilibre entre la lutte contre la violence et le respect des droits fondamentaux.