Le fonds de crise européen pourrait être mobilisé pour financer la défense, selon le chef du MES (AP)
Le fonds de crise européen pourrait être mobilisé pour financer la défense, selon le chef du MES (AP)

Le Mécanisme européen de stabilité (MES), doté d’une capacité de prêt de plus de 430 milliards d’euros, pourrait être utilisé pour soutenir les dépenses de défense des pays de la zone euro, a déclaré son directeur général, Pierre Gramegna. Conçu à l’origine pour endiguer la crise de la dette souveraine, le fonds pourrait accorder des lignes de crédit dédiées à la défense sans imposer de conditions économiques strictes.

Selon Gramegna, l’objectif serait de permettre aux États disposant de finances globalement solides mais confrontés à des budgets contraints de financer leurs efforts militaires, notamment les plus petits pays de la zone euro. Il a souligné la nécessité d’« exploiter pleinement le potentiel » du MES dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de hausse généralisée des coûts de défense.

Une telle évolution aurait une portée symbolique forte, en réaffectant un instrument emblématique de la crise de la dette à un enjeu stratégique majeur. Les dirigeants européens cherchent en effet à renforcer leurs capacités militaires, dans un contexte marqué par l’agression russe contre l’Ukraine et par des relations plus tendues avec les États-Unis sous la présidence de Donald Trump.

Seuls les pays de la zone euro pourraient toutefois bénéficier de ces prêts, ce qui exclurait des États membres de l’UE n’utilisant pas la monnaie unique. De plus, la mission actuelle du MES ne mentionne pas explicitement la défense, ce qui impliquerait l’accord unanime des États membres, y compris de pays traditionnellement neutres.

La proposition rappelle une « ligne de soutien à la défense » évoquée par l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta, qui prévoyait des prêts pouvant atteindre 2 % du PIB à des taux avantageux pour financer l’effort militaire. Elle s’inspire également d’un dispositif mis en place pendant la pandémie de COVID-19, destiné à financer les dépenses de santé, mais qui n’avait finalement pas été utilisé.

Les pays baltes pourraient être parmi les principaux bénéficiaires d’un tel mécanisme. Frontaliers de la Russie et du Bélarus, ils ont fortement augmenté leurs dépenses de défense depuis l’invasion de l’Ukraine, atteignant près de 5 % de leur PIB, et ont déjà largement recours à l’emprunt pour financer cet effort.

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