Les autorités allemandes ont interdit mardi le groupe d’extrême droite « Royaume d’Allemagne » et procédé à l’arrestation de quatre de ses principaux dirigeants, dans le cadre d’une vaste opération nationale contre des mouvements antirépublicains accusés de menacer la démocratie. Cette décision marque un tournant dans la lutte du gouvernement contre les groupuscules liés à l’idéologie conspirationniste du mouvement des Reichsbürger.
Les descentes de police ont visé plusieurs sites du groupe, notamment son siège à Halsbrücke, près de Dresde. Parmi les personnes arrêtées figure le « souverain suprême » autoproclamé du groupe, identifié comme Peter F., qui, selon le parquet, exerçait un contrôle étendu sur l’organisation et ses activités. Les trois autres suspects – Mathias B., Benjamin M. et Martin S. – sont accusés d’avoir dirigé la création de structures étatiques parallèles, incluant une force de police, un système judiciaire, une autorité monétaire, et même une banque et une assurance fictives.
Le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a justifié l’interdiction en déclarant que le groupe ne représentait pas une bande d’originaux inoffensifs, mais un « réseau criminel structuré » menaçant l’ordre constitutionnel. « Il s’agit de structures criminelles et d’un réseau illégal », a-t-il affirmé, ajoutant que leurs activités économiques frauduleuses faisaient déjà l’objet d’enquêtes depuis plusieurs années. Aucun arsenal n’a été retrouvé lors des perquisitions.
Le « Royaume d’Allemagne » revendique environ 6 000 sympathisants. Il s’inscrit dans le mouvement plus large des Reichsbürger, qui rejette la légitimité de la République fédérale allemande et prétend que l’Empire allemand, aboli après la Première Guerre mondiale, subsisterait encore légalement. En 2016, ce courant avait déjà attiré l’attention des autorités après qu’un de ses membres avait tué un policier lors d’une descente de police.
La menace représentée par les Reichsbürger s’est accrue ces dernières années, en particulier après le démantèlement, en décembre 2022, d’un réseau lié à un projet de coup d’État armé. Les enquêteurs avaient alors découvert des plans avancés visant à prendre le contrôle du Bundestag et à rétablir une forme d’État autoritaire.
Les arrestations de ce mardi visent donc non seulement à neutraliser une organisation illégale, mais également à envoyer un signal fort à l’ensemble des mouvances conspiratrices et anti-démocratiques actives en Allemagne. Le parquet a précisé que les poursuites en cours pourraient s’élargir à d’autres membres ou sympathisants du groupe.
Alors que l’extrême droite progresse dans certains sondages et que les tensions sociales alimentent les discours de rupture, les autorités allemandes réaffirment ainsi leur volonté de défendre l’État de droit contre toutes les formes de subversion politique ou idéologique.