États-Unis : un migrant expulsé à tort vers le Salvador risque une seconde expulsion avant son procès
États-Unis : un migrant expulsé à tort vers le Salvador risque une seconde expulsion avant son procès

Kilmar Abrego, un migrant salvadorien de 29 ans accusé de trafic d’êtres humains, demeure dans un vide juridique aux États-Unis, alors qu’un juge fédéral du Tennessee n’a pas statué mercredi sur son maintien en détention ou sa libération sous caution. Le cas d’Abrego, renvoyé à tort au Salvador malgré une décision de justice interdisant son expulsion, est devenu emblématique des tensions autour de la politique migratoire de l’administration Trump.

Arrêté dans le cadre d’une vaste enquête sur un réseau de passeurs opérant à la frontière américano-mexicaine, Abrego a été extradé depuis le Salvador et inculpé pour avoir transporté illégalement des migrants, dont des enfants, à travers le territoire américain. Il a plaidé non coupable, et ses avocats dénoncent une manœuvre de l’administration pour justifier une expulsion qu’ils jugent illégale. Selon eux, les témoignages à charge proviennent de complices présumés cherchant à échapper à l’expulsion ou à d’autres poursuites.

Le juge d’instruction avait ordonné sa libération sous caution le mois dernier, estimant que les procureurs n’avaient pas démontré qu’Abrego devait rester en détention. Mais les autorités fédérales cherchent désormais à annuler cette décision. Même si la libération est confirmée, l’administration Trump prévoit de le placer immédiatement en rétention administrative et d’engager une nouvelle procédure d’expulsion.

En mars dernier, Abrego avait déjà été renvoyé de force au Salvador, en violation d’une décision de 2019 interdisant son retour dans ce pays en raison du risque de persécution par des gangs. Son expulsion avait suscité une vague d’indignation parmi les défenseurs des droits de l’homme, qui y voyaient la preuve d’un mépris délibéré des protections légales par l’administration américaine. Depuis son retour forcé, il a été réincarcéré et ensuite réacheminé aux États-Unis.

L’affaire Abrego illustre les contradictions internes de la politique migratoire menée par Donald Trump, qui fait de la lutte contre l’immigration clandestine un axe central de son second mandat. Les autorités affirment qu’Abrego est membre du gang MS-13, ce que ses avocats contestent fermement. En parallèle, un procès civil est en cours concernant son expulsion injustifiée, et le gouvernement envisage désormais de le renvoyer vers un « pays tiers », comme le Mexique ou le Soudan du Sud, afin d’éviter toute nouvelle violation judiciaire.

Dans l’attente de la décision du juge, Abrego reste détenu dans des conditions incertaines, au cœur d’une affaire qui cristallise les débats sur l’État de droit, l’usage politique de la justice et la gestion de l’immigration aux États-Unis.

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