Des vétérans ukrainiens traversent le Bosphore à la nage pour défier leurs blessures de guerre @Apnews
Des vétérans ukrainiens traversent le Bosphore à la nage pour défier leurs blessures de guerre @Apnews

Trois vétérans de guerre ukrainiens ont relevé un défi symbolique et physique dimanche en traversant le détroit du Bosphore à la nage, reliant les rives asiatique et européenne d’Istanbul. L’épreuve, organisée à l’occasion de la course intercontinentale annuelle, a pris une dimension particulière : elle coïncidait avec la fête nationale de l’Indépendance de l’Ukraine, célébrée chaque 24 août.

À l’origine de l’initiative, Oleh Tserkovnyi, 34 ans, vétéran blessé à deux reprises par des commotions dues à l’artillerie, a proposé ce défi à son groupe de soutien One for Another. Rapidement, deux camarades l’ont rejoint, refusant que leurs amputations constituent un obstacle. Pour eux, cette traversée devait aussi servir une cause : collecter des fonds afin de financer des prothèses pour les nombreux blessés de guerre ukrainiens. « Nous ne demandons pas de pitié, nous demandons du soutien », a-t-il confié à l’Associated Press avant la course.

Encadrés par un centre de rééducation pour anciens combattants et une équipe de triathlon amateur de Kyiv, les trois nageurs ont suivi des mois d’entraînement. Leur participation n’a pas été simple : les organisateurs ont d’abord voulu les placer dans une catégorie distincte pour athlètes handicapés. Finalement, ils ont pu s’élancer aux côtés des 2 800 participants venus de 81 pays pour parcourir les 6,5 kilomètres de l’épreuve.

Pour Pavlo Tovstyk, 47 ans, ingénieur volontaire amputé d’une partie de la jambe après avoir sauté sur une mine, l’eau a été une « bouée de sauvetage » pendant sa rééducation. Nageur dans sa jeunesse, il a retrouvé dans la discipline une forme d’équilibre et de reconstruction. « Dans l’eau, mes pensées, ma force, mon corps… tout s’alignait à nouveau. Je redevenais moi-même, simplement différent », a-t-il expliqué.

Oleksandr Dashko, 28 ans, amputé de la jambe gauche après une explosion, a pour sa part trouvé dans la natation un antidote à la dépression et à l’apathie. « Quand je n’ai pas d’objectif, j’ai l’impression que l’amputation l’emporte », a-t-il confié. Pour lui, la traversée du Bosphore a représenté un ancrage et un moteur pour continuer à avancer.

Au-delà de la performance sportive, les vétérans ukrainiens voulaient montrer qu’il est possible de se réapproprier un corps brisé par la guerre. Leur défi est un message adressé au monde : l’endurance et la résilience peuvent triompher des blessures, à condition d’être portées par un objectif et une communauté.

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