En robe safran ou ocre, marchant en silence le long de routes secondaires et d’axes routiers du sud des États-Unis, un groupe de moines bouddhistes attire l’attention et l’émotion d’Américains de tous horizons. Leur démarche, à la fois spirituelle et profondément humaine, consiste à marcher pour la paix, une tradition méditative plus courante en Asie du Sud, mais qui trouve aujourd’hui un écho inattendu outre-Atlantique.
Leur périple a débuté le 26 octobre 2025 dans un temple bouddhiste vietnamien du Texas. Il doit s’achever à la mi-février à Washington, où les moines souhaitent demander au Congrès des États-Unis de reconnaître le Vesak, jour de la naissance et de l’illumination du Bouddha, comme fête fédérale. Mais au-delà de cet objectif symbolique, leur priorité reste la rencontre et le partage avec les personnes croisées en chemin.
Leur guide spirituel, le vénérable Bhikkhu Pannakara, marche pieds nus. À chaque étape, il enseigne la pleine conscience, le pardon et la guérison intérieure. « Mon espoir est qu’une fois cette marche terminée, les personnes que nous avons rencontrées continuent à pratiquer la mindfulness et à trouver la paix », explique-t-il.
Dormant sous des tentes, les moines ont été surpris par l’ampleur de l’accueil. Des foules se rassemblent dans des cours d’églises, devant des mairies ou sur des places publiques, souvent bien au-delà des cercles religieux. Leur chien de sauvetage, Aloka, devenu mascotte du groupe, contribue aussi à cette popularité : leur aventure est suivie par des millions de personnes sur les réseaux sociaux. En Caroline du Sud, plusieurs milliers de curieux se sont ainsi réunis pour les voir chanter devant le Capitole de l’État, où le maire leur a remis une proclamation officielle.
La marche n’est pourtant pas sans épreuves. En novembre, au Texas, leur véhicule d’escorte a été percuté par un camion, blessant deux moines, dont l’un a perdu une jambe. Le groupe, réduit à 18 membres, a poursuivi malgré tout. Les longues distances, l’asphalte brûlant, les blessures aux pieds et la fatigue rendent l’effort éprouvant. Mais, selon Pannakara, la pratique méditative permet de transcender la douleur.
Partout, des églises, des familles et des communautés locales leur ouvrent leurs portes. À Noël, une congrégation méthodiste d’Alabama s’attendait à une petite veillée : près d’un millier de personnes sont finalement venues à leur rencontre. « Toute personne qui œuvre publiquement et avec sacrifice pour la paix est proche du cœur de Jésus », a témoigné le pasteur qui les accueillait.
Les moines insistent sur un point : leur marche n’est pas un outil de conversion. Elle vise avant tout à inspirer. « Il s’agit de montrer, par l’exemple, qu’un autre rapport au monde est possible », résume une universitaire spécialiste du bouddhisme Theravada. Cette tradition de “marche pour la paix” s’inscrit dans l’héritage de moines ayant, dès les années 1990, traversé des zones de guerre pour favoriser la réconciliation.
Sur leur passage, beaucoup disent trouver un apaisement inattendu. Certains viennent chercher un moment de calme, d’autres un réconfort face au deuil ou aux divisions de la société américaine. Comme l’a confié une femme venue de plusieurs centaines de kilomètres pour les voir : « Je les ai regardés dans les yeux, et j’y ai vu la paix. Cela m’a donné la force d’avancer. »