Des milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche dans toute la République tchèque pour exprimer leur soutien au président Petr Pavel dans le conflit qui l’oppose au ministre des Affaires étrangères Petr Macinka.
Selon l’ONG Million Moments for Democracy, à l’origine des mobilisations, des rassemblements ont eu lieu dans près de 400 municipalités, dont la ville de Brno. Ces manifestations interviennent deux semaines après une importante mobilisation à Prague.
Au cœur de la crise politique : le refus du président de nommer Filip Turek au poste de ministre de l’Environnement. Ce dernier est affilié au parti eurosceptique Motorists for Themselves, dirigé par Macinka. Petr Pavel estime que Turek ne peut pas entrer au gouvernement après la publication de messages jugés racistes, homophobes et sexistes sur son compte Facebook. Turek a présenté des excuses pour certains contenus tout en niant être l’auteur d’autres publications.
Petr Macinka accuse le chef de l’État de violer la Constitution et a menacé de conséquences s’il persistait à bloquer la nomination. De son côté, le président a dénoncé une tentative de chantage politique.
« Il ne s’agit plus seulement du président », a déclaré l’organisateur Mikuláš Minář lors d’un rassemblement. « Il est temps de montrer que nous ne sommes ni la Hongrie ni la Slovaquie et que nous ne laisserons pas des oligarques et des extrémistes confisquer l’avenir du pays. »
La tension intervient dans un contexte politique déjà fragile. Le 15 décembre, Petr Pavel a investi un nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre populiste Andrej Babiš, dont le mouvement ANO a remporté les élections d’octobre. Sa coalition inclut notamment le parti anti-immigration Freedom and Direct Democracy ainsi que Motorists for Themselves.
Le nouveau gouvernement affiche une ligne plus critique à l’égard de l’Union européenne et souhaite revoir le soutien tchèque à l’Ukraine. Ancien général de l’armée, Petr Pavel s’est au contraire positionné comme un fervent défenseur de Kiev face à l’invasion russe, creusant davantage le fossé entre la présidence et l’exécutif.
Cette confrontation institutionnelle illustre les tensions croissantes au sein d’un pays désormais partagé entre une orientation pro-européenne incarnée par le président et une coalition gouvernementale plus souverainiste et eurosceptique.