La télévision d’État russe a diffusé un reportage qui suscite de vives réactions, montrant de jeunes adolescents à l’œuvre dans ce qu’elle présente comme la « plus grande usine de drones au monde », dédiée à la fabrication d’armes utilisées contre l’Ukraine. Ce rare aperçu de l’intérieur du complexe a été diffusé par la chaîne Zvezda, affiliée au ministère de la Défense russe, dans ce qui semble être une tentative de démonstration de puissance technologique et industrielle.
Les images montrent des adolescents en blouses de travail manipulant des composants électroniques et assemblant des drones de combat. Selon la chaîne, des milliers de personnes travaillent dans cette installation, dont une part importante serait composée de jeunes gens, formés pour participer à « l’effort de guerre ». Le reportage, à tonalité résolument patriotique, décrit l’usine comme une fierté nationale et un élément clé de la supériorité technologique russe en matière d’armement autonome.
La présence de mineurs dans ce type d’infrastructure soulève cependant de nombreuses questions éthiques et juridiques. Bien que Zvezda insiste sur le caractère éducatif et « volontaire » de leur engagement, des observateurs indépendants estiment que leur utilisation dans la production d’armes pourrait contrevenir aux normes internationales relatives aux droits de l’enfant et au travail des mineurs.
Du côté ukrainien, la réaction a été immédiate. Des responsables à Kyiv ont dénoncé une instrumentalisation choquante de la jeunesse russe au service d’une guerre d’agression, rappelant que les drones produits dans ce type d’usines — notamment les modèles Geran, de fabrication russe ou iranienne — sont régulièrement utilisés pour frapper des infrastructures civiles ukrainiennes, y compris des habitations, des écoles et des hôpitaux.
Les autorités ukrainiennes affirment que ces drones sont devenus une arme de « terreur aérienne » ciblant les populations civiles, avec des frappes quasi quotidiennes sur plusieurs villes du pays. Ces attaques ont causé des centaines de morts et des milliers de blessés depuis le début du conflit.
La propagande médiatique autour de cette usine s’inscrit dans une stratégie plus large de mobilisation nationale mise en œuvre par Moscou, qui cherche à renforcer le soutien populaire à la guerre en Ukraine. L’utilisation de jeunes dans cette narrative patriotique contribue à façonner une génération enrôlée symboliquement — et parfois matériellement — dans un conflit aux conséquences tragiques et durables.
La diffusion de ce reportage intervient alors que la Russie célèbre le Jour de la Victoire, marquant le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce contexte, le pouvoir russe tente de réactiver l’imaginaire historique de la résistance face à l’ennemi, en mobilisant tous les secteurs de la société — y compris sa jeunesse — au service d’un effort militaire que la communauté internationale continue de condamner.