Treize ans après avoir quitté la Syrie, le rappeur syrien Hani Al Sawah, connu sous le nom de scène Al Darwish, est rentré à Damas pour s’y produire pour la première fois depuis la chute de la dynastie Assad. L’artiste, exilé successivement au Liban puis en Allemagne après le soulèvement de 2011, a donné deux concerts à guichets fermés mi-janvier dans la capitale syrienne, interprétant ses textes ouvertement politiques devant un public qui reprenait chaque parole en chœur.
Marchant dans les rues de Damas avant son concert, Al Darwish a décrit un sentiment mêlé d’émerveillement et de retrouvailles intimes avec son pays. Il a confié n’avoir jamais imaginé pouvoir revenir un jour en Syrie, évoquant l’impression d’avoir retrouvé une part de lui-même restée sur place pendant toutes ces années d’exil. Son retour marque un moment symbolique pour une scène artistique longtemps étouffée par la répression.
Originaire de Homs, Al Darwish s’est fait connaître au début du soulèvement syrien grâce à des chansons dénonçant la dictature et célébrant les manifestations populaires. À l’époque, son rap a mis en lumière une scène underground syrienne largement méconnue. Contraint de fuir en 2012, il a continué à produire de la musique en exil, rassemblant une large audience en ligne parmi les Syriens du pays et de la diaspora, qui se sont reconnus dans ses paroles durant les années de guerre.
Le rappeur raconte avoir découvert très tôt dans le rap un moyen d’expression et de rébellion, dans un environnement où ce genre musical était perçu avec méfiance par les autorités et une partie de la société. Lui et ses amis étaient régulièrement interpellés pour leur apparence ou accusés de représenter une culture occidentale jugée subversive. Malgré ces pressions, il participait en secret aux manifestations contre le régime de Bachar al-Assad, défiant même les mises en garde de sa famille.
Si la chute du régime Assad à la suite d’une offensive éclair fin 2024 a rendu son retour possible, Al Darwish se montre lucide sur la situation actuelle. Il dit espérer que les nouvelles autorités construiront un pays plus juste, tout en exprimant son inquiétude face à des violences récentes ayant pris une dimension confessionnelle. Il a notamment dénoncé les représailles contre des civils issus de minorités, sur la côte syrienne et dans la province majoritairement druze de Sweida, qu’il juge incompatibles avec toute réconciliation nationale.
L’artiste regrette également la persistance d’une peur de critiquer le pouvoir, héritée selon lui de décennies de contrôle sécuritaire. Pour lui, la chute réelle du régime ne pourra être actée que lorsque cette crainte disparaîtra. Il a d’ailleurs pris position publiquement contre les violences sectaires, estimant qu’aucune justification ne pouvait être avancée lorsque des civils sont pris pour cibles.
Lors de ses concerts à Damas, Al Darwish a rendu hommage aux régions meurtries par les récents affrontements, redoutant une réaction hostile du public. À sa surprise, ses paroles ont été accueillies par des applaudissements nourris. Pour le rappeur, cette réaction est porteuse d’espoir et renforce sa volonté de revenir en Syrie, convaincu que la musique peut encore contribuer à rassembler un pays profondément marqué par des années de conflit.