Les Cubains se préparent à une nouvelle dégradation de leurs conditions de vie après l’annonce du président américain Donald Trump de mettre fin aux approvisionnements en pétrole vénézuélien vers l’île. Cette décision fait planer un scénario de quasi-siège sur Cuba, déjà confrontée à des coupures d’électricité récurrentes et à de graves pénuries de carburant, de nourriture et de médicaments.
Selon des données d’expédition et des documents internes de la compagnie pétrolière d’État vénézuélienne PDVSA, le Venezuela n’a plus livré de pétrole brut ni de carburants à Cuba depuis environ un mois. Les expéditions avaient commencé à chuter avant même la récente intervention américaine au Venezuela, sous l’effet d’un durcissement du blocus américain. La dernière cargaison destinée aux raffineries cubaines a quitté à la mi-décembre le port vénézuélien de José, transportant environ 600 000 barils de brut.
En 2025, le Venezuela était pourtant le principal fournisseur de l’île, avec quelque 26 500 barils par jour, soit près d’un tiers des besoins quotidiens de Cuba. Le Mexique arrivait loin derrière, avec environ 5 000 barils par jour. Pour plusieurs experts, l’arrêt prolongé de ces livraisons pourrait avoir des conséquences dramatiques. « Je ne vois absolument aucune lueur d’espoir pour Cuba dans les mois à venir sans pétrole vénézuélien », a déclaré Jorge Piñón, chercheur en énergie à l’université du Texas à Austin.
Donald Trump n’a jamais caché son espoir que la pression exercée sur le Venezuela puisse également fragiliser le pouvoir cubain. Ces derniers jours, il a intensifié ses déclarations à l’égard de La Havane, appelant le gouvernement cubain à conclure un accord avec Washington « avant qu’il ne soit trop tard ». Une perspective qui inquiète profondément la population, déjà épuisée par des années de crise économique.
Sur l’île, l’incertitude domine. Beaucoup de Cubains se demandent combien de temps le président Miguel Díaz-Canel et le gouvernement communiste pourront tenir face à une réduction aussi brutale des importations de pétrole. « C’est très stressant, car nous ne savons pas quelles décisions seront prises, ni à La Havane ni à Washington », confie Víctor Romero, un retraité de 75 ans vivant dans la capitale.
Díaz-Canel a de son côté affiché une posture de fermeté, affirmant que Cuba ne céderait pas aux menaces américaines et était prête à « défendre la patrie » coûte que coûte. Dans les zones rurales, la situation est déjà critique : transports assurés par des calèches ou des vélos, électricité intermittente, accès à Internet limité. Faute de gaz ou de courant, certains habitants cuisinent désormais au charbon de bois.
Les options de Cuba apparaissent limitées. Aucune information publique n’est disponible sur l’état des réserves pétrolières du pays, et peu d’alliés semblent disposés à risquer des représailles américaines. Un pétrolier mexicain a bien livré récemment une cargaison modeste de carburant à La Havane, mais cette aide reste très insuffisante pour un pays de près de 10 millions d’habitants. « Le plus difficile, c’est l’incertitude », résume une entrepreneuse de la capitale. « Ne pas savoir ce qui va arriver. »