Au Yémen, l’ONU alerte sur une nouvelle entrave humanitaire après la saisie de ses équipements par les Houthis (AP)
Au Yémen, l’ONU alerte sur une nouvelle entrave humanitaire après la saisie de ses équipements par les Houthis (AP)

L’Organisation des Nations unies a averti vendredi que la saisie de matériel de télécommunications essentiel par les Houthis dans le nord du Yémen menaçait gravement la poursuite de l’aide humanitaire dans un pays déjà confronté à l’une des pires crises au monde. L’organisation redoute que de nouvelles restrictions imposées à ses opérations n’aggravent encore la situation sur le terrain.

Selon l’ONU, des combattants houthis sont entrés dans au moins six bureaux non gardés à Sanaa, la capitale contrôlée par le mouvement, et ont emporté des équipements de télécommunications ainsi que plusieurs véhicules vers un lieu inconnu. Julien Harneis, coordinateur résident et humanitaire de l’ONU pour le Yémen, a souligné que ce matériel faisait partie de « l’infrastructure minimale nécessaire » pour permettre aux agences onusiennes d’être présentes et de mettre en œuvre leurs programmes.

Deux responsables de l’ONU ont indiqué à Reuters que ces difficultés opérationnelles avaient déjà conduit le Programme alimentaire mondial à suspendre ses activités dans le nord du pays. Les contrats de 365 employés de l’agence devraient être résiliés à la fin du mois de mars, une décision à laquelle s’ajoutent, selon l’une des sources, des contraintes budgétaires liées à la baisse des financements de certains donateurs.

L’ONU a rappelé que près de 21 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire au Yémen. Le pays est ravagé depuis plus d’une décennie par un conflit opposant les Houthis, qui ont pris le contrôle de Sanaa en 2014, au gouvernement internationalement reconnu basé à Aden. Environ 4,8 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays et près d’un demi-million d’enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère nécessitant un traitement urgent.

La situation humanitaire est encore aggravée par l’effondrement économique, la dégradation des systèmes de santé et d’éducation, l’instabilité politique et les coupes budgétaires internationales, selon l’ONU. Les restrictions à l’accès humanitaire dans les zones contrôlées par les Houthis se sont accrues ces derniers mois, compliquant le travail des organisations internationales.

L’organisation a également dénoncé les limitations imposées aux déplacements de son personnel. Les Houthis n’autorisent plus le Service aérien humanitaire des Nations unies à se rendre à Sanaa depuis plus d’un mois, ni à Marib depuis plus de quatre mois, alors que ces vols constituent le seul moyen pour les travailleurs humanitaires d’entrer et de sortir des zones qu’ils contrôlent.

La sécurité du personnel onusien continue par ailleurs de se détériorer, avec 73 employés détenus depuis 2021. En septembre dernier, l’ONU avait annoncé le transfert de la base de son coordinateur résident pour le Yémen à Aden, après l’arrestation d’au moins 18 membres de son personnel à Sanaa, une décision illustrant la fragilité croissante de sa présence dans le nord du pays.

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