Le patron de Radio Classique dénonce à son tour la “partialité” et le “manque de pluralisme” des médias publics. (Buzz TV)
Le patron de Radio Classique dénonce à son tour la “partialité” et le “manque de pluralisme” des médias publics. (Buzz TV)

Dans une intervention sur le plateau de Buzz TV, le directeur général de Radio Classique, Bertrand Dermoncourt, a critiqué ouvertement le fonctionnement éditorial des groupes publics Radio France et France Télévisions, qu’il accuse de manquer de neutralité et de pluralisme. Pour lui, ces médias, financés par l’ensemble des Français, ne respecteraient plus leurs obligations de service public.

Betrand Dermoncourt affirme notamment : « L’audiovisuel public n’est pas neutre en termes politiques. La guerre entre eux et le groupe Bolloré est une conséquence de cela… Je trouve que c’est dommage car, à Radio Classique, on se positionne à l’extrême de cela. Nous sommes un média calme qui ouvre des débats, qui argumente, qui est rationnel et pas partisan. »

Il dénonce également un déséquilibre dans la concurrence radiophonique : « En radio, on vit une distorsion de concurrence énorme avec le service public. Radio Classique a 100 émetteurs et France Musique en a 550 ! Et quand une fréquence est remise en jeu, le service public a un droit de préemption. »

Un débat désormais public sur l’impartialité de l’audiovisuel public

Dernièrement, l’engagement d’une Commission d’enquête parlementaire (initiée par le groupe UDR de Éric Ciotti) visant à examiner la neutralité, le pluralisme et la gestion de l’audiovisuel public démontre la montée en puissance des critiques contre l’audiovisuel public.

La pression a été renforcée à la suite de l’affaire Legrand‑Cohen, dans laquelle deux éditorialistes de France Inter, Thomas Legrand et Patrick Cohen, ont été filmés en train de converser avec des cadres du parti socialiste, ce que certains ont interprété comme une connivence politique. 

Conséquence : l’Arcom, régulateur de l’audiovisuel, a annoncé vouloir « approfondir ses travaux sur l’impartialité du service public », en lançant notamment une étude indépendante pour mesurer la perception du pluralisme par le public. 

Des critiques confirmées par des études

Le débat ne se limite pas aux accusations. Certaines analyses documentées apportent des éléments concrets au dossier. Par exemple, un rapport repris par Le Figaro Magazine s’appuie sur l’étude d’un think tank, Institut Thomas More, qui a analysé les orientations politiques des intervenants sur les antennes publiques sur cinq jours en février 2024. Selon ce rapport, 25 % des intervenants sont classés « socialistes et progressistes », contre seulement 4 % déclarés comme « libéraux et conservateurs ». L’étude note également que pour près de la moitié des intervenants, l’orientation politique restait indéterminée. 

Pour certains experts, comme le chercheur communicationnel François Jost, ces résultats soulignent les limites des outils actuels pour mesurer le pluralisme dans les médias. L’absence de condamnations pour manquement à l’objectivité dans l’audiovisuel public contraste d’ailleurs avec des cas recensés dans des médias privés. 

Le service public riposte

Face à la multiplication des critiques, Radio France et France Télévisions ont adopté une stratégie de défense parfois musclée. En novembre 2025, les deux groupes publics ont assigné en justice CNews, Europe 1 et Le Journal du dimanche, médias liés au groupe Bolloré, pour « dénigrement ». Ils reprochent à ces organes une campagne coordonnée visant à déstabiliser l’audiovisuel public. 

Dans leurs assignations, les plaignants évoquent un « caractère outrancier et déséquilibré » des attaques, allant selon eux au-delà du simple débat d’opinions. 

Radio Classique, un acteur privé et revendiqué

Fondée en 1983, Radio Classique reste la première radio de musique classique en France, tout en assurant une programmation mêlant culture, information économique et politique. 

Dans ce contexte concurrentiel et médiatique, les critiques de Bertrand Dermoncourt résonnent comme un appel à plus de pluralisme dans l’audiovisuel public, mais aussi comme un positionnement clair : Radio Classique revendique une ligne « rationnelle et non partisane », favorable à l’ouverture du débat.

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