Le ver était dans le smartphone. TikTok, mastodonte chinois du divertissement numérique, vient de se faire épingler par l’Union européenne pour avoir hébergé les données de ses utilisateurs européens… en Chine. Une amende historique de 530 millions d’euros vient sanctionner ce transfert de données effectué en toute opacité entre 2020 et 2022. Le réseau social, propriété de ByteDance, fait appel, mais l’image d’une plate-forme incontrôlable vis-à-vis des autorités chinoises se confirme. C’est au terme d’une enquête menée par le régulateur irlandais – TikTok ayant son siège européen à Dublin – que la sanction est tombée. L’entreprise a fini par reconnaître ce que beaucoup soupçonnaient : certaines données européennes ont été stockées sur des serveurs chinois, en contradiction avec les règles du RGPD. Pire : elle n’a pas su prouver que ces données bénéficiaient d’un niveau de protection équivalent à celui exigé par l’Europe.
Des données espionnées potentiellement offertes à Pékin
Officiellement, TikTok assure n’avoir jamais reçu de demande des autorités chinoises pour accéder aux données de ses membres européens. Officieusement, les lois de sécurité nationale et de contre-espionnage chinoises, bien connues pour leur opacité, laissent craindre l’inverse. L’autorité de protection des données l’a dit sans détour : TikTok n’apporte aucune preuve qu’un garde-fou empêche Pékin d’avoir un œil sur les numéros de téléphone, adresses IP ou historiques de navigation. C’est loin d’être une première : le géant chinois avait déjà été condamné à 345 millions d’euros d’amende en 2023 pour des manquements sur la protection des mineurs. Cette fois, il a six mois pour se mettre en conformité, mais l’affaire va bien au-delà du cadre juridique. Elle renforce la méfiance des gouvernements occidentaux, de plus en plus préoccupés par l’influence numérique chinoise. L’Europe, avec cette sanction, envoie un message net : les données des citoyens du Vieux Continent ne sont pas un terrain de jeu mondial. Même quand la partie se joue à coups de milliards.