À chaque rentrée, c’est la même scène : files d’attente devant les cabinets médicaux pour obtenir un sésame administratif qui ne relève pas du soin mais de la paperasse. Certificats pour le sport, justificatifs d’absence scolaire, attestations exigées par les assurances… En France, la culture du certificat médical résiste à toutes les réformes et continue d’engorger les consultations. Pour les praticiens, la situation devient intenable. Derrière ces exigences répétées se cache un immense gaspillage de temps médical : près de deux millions de consultations par an sont consacrées à ce type de certificats, l’équivalent de l’activité annuelle de 400 médecins à temps plein. Des rendez-vous perdus qui auraient pu être dédiés aux patients atteints de cancers, de diabète ou de maladies cardiovasculaires.
Des textes clairs, des pratiques qui perdurent
L’absurdité saute d’autant plus aux yeux que le Code du sport, révisé en 2022, n’impose plus systématiquement la production d’un certificat médical pour obtenir une licence. Mais nombre de clubs continuent d’en réclamer un, souvent par habitude ou par peur juridique. Le Collège de la médecine générale a dénoncé cette incohérence dans un communiqué publié en juin, rappelant qu’avec 200 000 associations sportives en France, même un petit nombre de demandes par club se traduit par des millions d’actes médicaux inutiles. Certains organismes ont pourtant trouvé des alternatives. La fédération française d’athlétisme a mis en place un « Parcours prévention santé » : un outil en ligne qui sensibilise les pratiquants aux risques et délivre une attestation numérique à remettre aux clubs. En cas de doute sur leur état de santé, les sportifs conservent la possibilité de consulter un médecin. Ce modèle, salué par les professionnels, allie prévention et simplification administrative.
Un appel à libérer du temps médical
Les médecins réclament désormais une généralisation de ce type de dispositif. L’objectif est double : réduire la charge bureaucratique et recentrer les consultations sur le soin. Car si la France compte plus de huit millions de licenciés sportifs (dont deux millions pour le football et un million pour le tennis), la persistance du certificat médical pour tous représente un gouffre en termes de ressources humaines. « Adopter les mêmes règles que les fédérations sportives, c’est un geste simple qui profite à tous », martèle le Collège de la médecine générale. Derrière ce cri d’alarme, une demande claire : libérer du temps médical pour les pathologies graves, au lieu de l’épuiser dans des démarches administratives que beaucoup qualifient d’absurdes.