Le monde scientifique et médical perd l’un de ses grands noms. Le professeur Étienne-Émile Baulieu, médecin et chercheur de renommée internationale, est décédé ce vendredi à l’âge de 98 ans, à son domicile parisien, a annoncé son épouse Simone Harari Baulieu dans un communiqué.
Connu du grand public comme l’inventeur de la pilule abortive, le RU-486, le professeur Baulieu laisse derrière lui une œuvre scientifique colossale et un engagement constant en faveur des droits des femmes et de l’innovation médicale.
Une figure de la médecine et de la recherche
Né en 1926, Étienne-Émile Baulieu (de son vrai nom Étienne Blum) a consacré sa carrière à l’étude des hormones stéroïdes, notamment celles liées à la reproduction humaine. Ses travaux ont profondément transformé la compréhension des mécanismes hormonaux et ouvert de nouvelles perspectives en endocrinologie, gynécologie et neurobiologie.
Il a intégré très tôt l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qu’il a dirigé entre 1989 et 1992. Il a également été membre de l’Académie des sciences à partir de 1982 et professeur au Collège de France. Il a dirigé pendant plusieurs années le laboratoire de biochimie au sein de l’hôpital Bicêtre, où il a mené ses recherches les plus déterminantes.
L’inventeur du RU-486, symbole de la liberté des femmes
En 1982, le professeur Baulieu met au point avec son équipe une molécule révolutionnaire : la mifépristone, plus connue sous le nom commercial de RU-486, une pilule permettant d’interrompre une grossesse dans ses premières semaines, sans intervention chirurgicale.
Commercialisée en France dès 1988 après un intense débat politique et éthique, cette avancée médicale fut saluée à l’international comme un tournant pour les droits reproductifs. Aux États-Unis, l’introduction de la pilule sera longtemps retardée pour des raisons politiques, avant d’être finalement autorisée en 2000.
Dans un communiqué, Simone Harari Baulieu a rappelé que « ses recherches étaient guidées par son attachement aux progrès permis par la science, son engagement en faveur de la liberté des femmes, sa volonté de permettre à tous de vivre mieux, plus longtemps ».
Un engagement jusqu’au bout
Fervent défenseur de la bioéthique, Baulieu a continué à publier et à intervenir dans les débats publics jusqu’à un âge avancé. Dans les années 2000 et 2010, il s’était investi dans des projets sur le vieillissement et la neurodégénérescence, proposant notamment une « hormone de jouvence » issue de ses travaux sur le DHEA, une autre hormone stéroïde.
En 2015, il déclarait dans une interview au Monde : « La science est mon langage, mon action, mon combat. Elle ne peut pas être neutre lorsqu’elle touche à l’humain. »