La pénurie d’un des antidépresseurs les plus couramment prescrits en France, la sertraline (Zoloft et génériques), contraint les autorités sanitaires à des mesures inédites. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé hier mardi 13 mai que les pharmaciens sont désormais autorisés, à titre exceptionnel et temporaire, à préparer et délivrer eux-mêmes une alternative artisanale à ce traitement.
Une solution d’urgence pour éviter les ruptures de traitement
Concrètement, cette mesure permet aux pharmaciens habilités de fournir une « préparation magistrale » de sertraline en cas d’indisponibilité des formes commerciales du médicament. Ces préparations sont réalisées « sur mesure », à partir du principe actif d’origine, et conservent le même dosage et la même posologie que le traitement habituel. Il n’est pas nécessaire d’obtenir une nouvelle ordonnance : le médecin prescripteur est simplement informé du remplacement. Cette mesure vise à éviter les interruptions de traitement, qui peuvent avoir des conséquences graves pour les patients souffrant de dépression ou de troubles anxieux. Toutefois, l’ANSM avertit que l’absorption de la préparation magistrale pourrait légèrement différer du médicament d’origine, et appelle les patients à signaler tout effet secondaire inhabituel.
Une pénurie persistante dans les traitements psychiatriques
Depuis le début de l’année 2025, quatorze tensions d’approvisionnement ont été recensées sur les psychotropes. La sertraline, mais aussi la venlafaxine ou encore la quétiapine et le lithium, sont régulièrement en rupture de stock. Face à cette situation, jugée « intenable » par les professionnels de santé, une trentaine d’organisations syndicales et savantes ont récemment alerté les autorités dans une déclaration commune. Une tribune publiée en avril dans Le Monde par plusieurs psychiatres a également tiré la sonnette d’alarme. Dans ce contexte de pénurie structurelle, l’ANSM affirme poursuivre ses efforts pour diversifier les approvisionnements et sécuriser les traitements. Mais dans l’attente, c’est aux pharmaciens que revient désormais la lourde tâche de maintenir la continuité des soins, grâce à des préparations souvent complexes. Une solution temporaire, mais indispensable pour des milliers de patients.