Quand un couple de vendeurs bordelais a fait estimer sa petite échoppe classée G, l’agent a lâché le chiffre comme on jette un seau d’eau froide : –250 000 € par rapport à la même maison labellisée B. Ils croyaient perdre quelques milliers d’euros ; ils ont découvert un cratère. Partout en France, la sanction grimpe aussi vite que le thermomètre printanier : un DPE médiocre n’effraie plus seulement les écologistes, il dévore désormais les prix de vente. Une étude du bureau Ithaque montre que, face à un logement A ou B, la passoire thermique encaisse jusqu’à 33 % de décote. Les acheteurs ne se contentent plus de négocier : ils fuient, calculatrice en main, les factures de chauffage, les travaux d’isolation et le risque d’interdiction de louer. Résultat : l’étiquette F ou G agit comme un gyrophare rouge dans les annonces immobilières.
Maisons : la claque des trois chiffres
C’est dans le pavillonnaire que la correction fait le plus mal. Sur 150 m², une bâtisse parfaitement isolée se négocie autour de 756 000 € ; laissez filer la chaleur par le toit, et le ticket tombe à 502 000 €. À Montpellier, l’écart tutoie 217 000 € ; à Lyon, 237 000 €. Les vendeurs constatent qu’au-delà du charme d’une véranda ou d’un jardin, les acheteurs dégainent d’abord la page « kWh/m² » du rapport. Les banques suivent : pas de prêt travaux ficelé, pas d’accord de financement.
Appartements : le gouffre se creuse, sauf à Paris et Nantes
En ville, le phénomène est plus nuancé mais bien installé. Bordeaux voit ses studios classés F partir 15 % sous le prix médian tandis qu’un T2 classé B s’arrache 8 % au-dessus. Nice, Strasbourg, Lille : même mécanique, avec un différentiel qui peut avaler 45 000 € sur 40 m². Paris et Nantes font figure d’îlots : la pénurie de biens y limite la casse à 7 %, et la surcote verte reste anecdotique. Combien de temps encore ? Les diagnostiqueurs parient sur un marché à deux vitesses : celui des logements déjà conformes, et celui des chantiers ambulants. Dans les agences, un nouveau mantra circule : « Qui n’isole pas, brade. »