La barre symbolique est franchie. Mercredi 13 août, les taux d’emprunt français à 10 ans sont passés au-dessus de ceux de la Grèce, confirmant une tendance observée depuis plusieurs mois. Déjà en novembre 2024, la France empruntait plus cher sur des échéances de 2, 5 et 7 ans. Désormais, elle se situe derrière l’Espagne, le Portugal et Athènes, talonnant même l’Italie, mauvais élève historique de la zone euro.
Une inquiétude grandissante sur les marchés
Pour les économistes, ce signal ne traduit pas un risque immédiat de faillite. La France conserve une solide capacité à lever l’impôt, contrairement à la Grèce avant la crise de 2010, marquée par une forte économie souterraine et une évasion fiscale massive. Mais la taille plus réduite de l’économie grecque, et donc ses besoins d’emprunt plus modestes, contribue à expliquer cette inversion. Reste que les tensions s’accumulent : la dissolution de l’an dernier et l’approche de la rentrée budgétaire nourrissent la défiance des marchés. Les intérêts à payer devraient atteindre 67 milliards d’euros cette année, un fardeau alourdi par la hausse des taux.
L’épargne des Français, dernier matelas de sécurité
Si les investisseurs continuent de prêter sans difficulté à l’État français, c’est en partie grâce à l’épargne record des ménages, estimée à 6 000 milliards d’euros, soit presque le double de la dette publique. Une réserve qui rassure les marchés, mais qui laisse planer un risque implicite pour les épargnants : en cas de crise majeure, l’État pourrait être tenté d’y puiser via une fiscalité accrue. En attendant, Paris conserve sa capacité à lever des fonds rapidement, mais au prix d’un coût de plus en plus lourd pour ses finances.