Chômage : la baisse affichée masque en fait une hausse réelle
Chômage : la baisse affichée masque en fait une hausse réelle

Les derniers chiffres du chômage laissent croire à une embellie, mais la réalité statistique est tout autre. Selon une note publiée mardi 29 juillet par France Travail et le ministère du Travail, le nombre de demandeurs d’emploi n’ayant exercé aucune activité a reculé de 5,7 % au deuxième trimestre. En apparence. Car en neutralisant les effets des nouvelles règles d’enregistrement entrées en vigueur en janvier, la tendance s’inverse : le nombre de chômeurs progresse en réalité de 0,2 %. Un ralentissement, certes, mais bien un mouvement à la hausse. Cette inversion de lecture s’explique par la réforme pour le plein emploi promulguée en décembre 2023. Depuis janvier, trois nouvelles catégories de personnes sont systématiquement inscrites à France Travail : les bénéficiaires du RSA, les jeunes suivis par les missions locales et les personnes handicapées accompagnées par le service public de l’emploi. S’y ajoutent des ajustements sur la mise à jour des dossiers et sur les sanctions en cas de manquement. Résultat : les chiffres bruts deviennent difficilement comparables d’un trimestre à l’autre, d’où l’effort de reconstitution statistique.

Un marché de l’emploi résilient malgré la stagnation économique

Derrière cette façade confuse, l’évolution est jugée cohérente avec l’état de l’économie. Le produit intérieur brut n’a progressé que de 0,1 % au premier trimestre, et selon l’Insee, l’année 2025 devrait rester placée sous le signe de la mollesse. Pourtant, les déclarations d’embauche de plus d’un mois (hors intérim) ont progressé de 1,9 % au deuxième trimestre, selon l’Urssaf. Une contradiction apparente, mais que les économistes attribuent à une stratégie prudente des entreprises : faute de candidats, elles conservent leurs salariés coûte que coûte. Ce phénomène de « rétention de main-d’œuvre » reflète la peur de ne pas pouvoir recruter à nouveau. Pour autant, la France continue d’afficher un taux de chômage plus élevé que ses voisins. Au premier trimestre, il s’établissait à 7,4 %, soit plus d’un point au-dessus de l’Italie et presque quatre au-dessus de l’Allemagne. Une inversion durable de tendance semble encore hors de portée. Malgré des embauches qui tiennent bon, la dynamique du marché du travail reste fragile. Et derrière les ajustements de méthode, les tensions persistent.

Partager