Chine : l’apaisement commercial avec les États-Unis freine les licenciements massifs, mais le marché du travail reste fragile
Chine : l’apaisement commercial avec les États-Unis freine les licenciements massifs, mais le marché du travail reste fragile

PÉKIN – L’assouplissement inattendu des tarifs douaniers entre la Chine et les États-Unis, acté après les négociations de Genève, a permis à Pékin d’éviter de justesse une vague de licenciements massifs dans son industrie manufacturière. Mais malgré cette désescalade, les difficultés du marché du travail demeurent palpables dans un contexte économique encore sous tension.

Liu Shengzun, un ouvrier de 42 ans originaire du sud de la Chine, en est un exemple criant. Licencié coup sur coup par deux usines affectées par la flambée des tarifs américains à plus de 100 % en avril, il a dû abandonner l’industrie pour retourner à l’agriculture dans son village. « J’ai à peine de quoi manger », confie-t-il, sans perspective d’un retour rapide à un emploi stable.

Si la réduction des droits de douane a été saluée comme une victoire tactique par Pékin, les économistes avertissent que les taxes américaines maintenues à 30 % continuent de faire peser une lourde menace sur la croissance et l’emploi. « À ce niveau, il est toujours difficile de faire des affaires », souligne un conseiller politique chinois sous couvert d’anonymat.

Selon Lu Zhe, économiste en chef chez Soochow Securities, le nombre de postes menacés est tombé sous la barre du million, contre près de sept millions auparavant. Alicia Garcia-Herrero, de Natixis, estime cependant que 4 à 6 millions d’emplois restent en danger et que la croissance chinoise pourrait perdre jusqu’à 1,6 point de pourcentage en 2025 si les droits restent à leur niveau actuel.

Face à ces tensions, Pékin a mobilisé sa banque centrale pour financer des secteurs créateurs d’emplois, notamment les soins aux personnes âgées. Le gouvernement espère ainsi stimuler la demande intérieure alors que l’investissement privé reste en berne. Toutefois, des analystes préviennent que le ratio de déficit budgétaire, actuellement fixé à 4 %, pourrait devoir être relevé si la conjoncture se détériore davantage.

Malgré l’éloignement du spectre d’un effondrement immédiat, le marché du travail reste marqué par une profonde incertitude. De nombreux travailleurs, comme Li Qiang à Chengdu, ancien employé d’un sous-traitant exportateur, choisissent de se réorienter durablement. « La politique de Trump envers la Chine pourrait changer à tout moment », explique-t-il. « Je n’ai plus l’intention de travailler dans l’export. »

Pour l’heure, la Chine reste sous la menace d’un environnement international instable, où les choix politiques de ses partenaires commerciaux pèsent de plus en plus lourd sur son avenir économique.

Partager