Blé : la France récolte gros, mais vend bas
Blé : la France récolte gros, mais vend bas

En avance sur le calendrier, les moissons battent leur plein en France. Et pour les producteurs de blé, l’année 2025 s’annonce comme une respiration. Le ministère de l’agriculture prévoit une récolte de 32,6 millions de tonnes de blé tendre, en hausse de 27 % par rapport à 2024. Un bond spectaculaire, après une année noire où les champs détrempés avaient réduit la production à son plus bas niveau depuis quatre décennies. Cette fois, les conditions météorologiques plus clémentes et des semis précoces ont favorisé de bons rendements, qui culminent à 72,6 quintaux à l’hectare. Même tonalité pour les orges, déjà moissonnées, avec une production estimée à 11,8 millions de tonnes (contre 9,8 millions l’année précédente). En somme, la France renoue avec une dynamique agricole positive, marquée par un rebond global de 25 % pour les céréales à paille. Mais cette embellie sur le terrain masque une réalité plus amère du côté des marchés.

Des prix insuffisants malgré des volumes records

Malgré des greniers pleins, les cours restent à la traîne. Sur Euronext, la tonne de blé oscille autour de 200 euros, tandis que celle d’orge se négocie à peine moins cher. Des niveaux jugés trop faibles par les agriculteurs, qui estiment qu’il manque près de 30 euros par tonne pour couvrir les coûts de production. Arthur Portier, analyste chez Argus Media France, souligne que « l’humeur est bonne tant qu’on est dans les moissons », mais redoute un retour brutal à la réalité une fois les récoltes engrangées. Ce décalage entre récolte et rémunération s’explique en partie par l’abondance mondiale. La Russie, poids lourd du secteur, pourrait approcher les 85 millions de tonnes de blé cette année. La Roumanie affiche elle aussi une production remarquable. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture a d’ailleurs revu à la hausse ses prévisions mondiales, atteignant un record de 2,9 milliards de tonnes.

Quelques signaux positifs toutefois  

Le prix des engrais azotés a fortement baissé par rapport aux années précédentes, passant de 600 à 250-300 euros la tonne. Le gazole non routier a également reculé. Ces facteurs, conjugués aux bons volumes, devraient permettre aux céréaliers de mieux absorber leurs charges. Le colza, lui, apporte un sursaut de rentabilité. Sa production augmente de 8 %, pour atteindre 4,2 millions de tonnes. Fin juin, son cours a brièvement atteint les 500 euros la tonne, avant de redescendre à 470 euros sous l’effet des tensions douanières nord-américaines. Reste que, malgré cette bouffée d’air, les producteurs garderont les yeux rivés sur les cotations. Car une belle moisson ne fait pas nécessairement un bon revenu.

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