Dans le Finistère, l’écrivaine Aurélie Valognes redonne vie à la demeure bretonne de Jane Birkin. Ce lieu chargé d’histoire devient une résidence littéraire ouverte aux femmes autrices, hommage sensible à l’artiste disparue et prolongement d’un engagement féministe discret mais affirmé.
Une initiative inspirée par l’histoire du lieu et la figure de Birkin
À Lannilis, sur les rives paisibles de l’Aber-Benoît, la maison autrefois habitée par Jane Birkin s’apprête à changer de vocation. L’autrice de Mémé dans les orties, Aurélie Valognes, en est désormais la propriétaire. Tombée sous le charme du lieu en 2024, elle confie dans un reportage diffusé par France 2 le 23 juin 2025 avoir eu « un coup de cœur absolu » en découvrant cette bâtisse. Conçue comme un havre de paix par Jane Birkin, qui y séjournait depuis les années 1990, la maison est baptisée « Kachalou », contraction des prénoms de ses filles : Kate, Charlotte et Lou.
Le lieu n’est pas neutre : on peut encore apercevoir depuis la propriété le rocher où David Birkin, père de Jane et officier de la Royal Navy, soutenait la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce passé, qui mêle mémoire familiale, engagement et culture, a inspiré Aurélie Valognes. Elle y voit désormais un espace propice à la création, et souhaite en faire profiter d’autres femmes.
Un projet au service des autrices et de la transmission
Dès 2026, la romancière prévoit d’y accueillir deux fois par an cinq autrices, débutantes ou en cours de projet, pour des résidences d’écriture de deux semaines. La maison de neuf chambres deviendra ainsi un lieu de travail temporaire, pensé pour offrir le calme nécessaire à l’écriture. Un projet qui fait écho à la notion de « pièce à soi » développée par Virginia Woolf, et que l’écrivaine revendique en creux. Comme elle l’a expliqué dans Le Parisien, elle-même a souvent cherché ce genre de lieu pour finir ses romans, notamment en séjournant dans des hôtels parisiens pour s’isoler de sa vie familiale.
L’initiative résonne aussi avec les engagements de Jane Birkin pour la culture et les droits des femmes. Si certains objets personnels, meubles et livres de l’artiste ont été laissés sur place par ses filles Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon, Aurélie Valognes entend préserver l’âme du lieu tout en y inscrivant une nouvelle page. Fidèle à son profil de « transfuge de classe » — un terme qu’elle revendique —, elle inscrit ce projet dans sa démarche de démocratisation de la lecture et d’accès élargi à la culture pour les femmes.