Un séjour au bord de l’eau qui tourne au drame dans “Baignades” d’Andrée A. Michaud
ScreenshotUn séjour au bord de l’eau qui tourne au drame dans “Baignades” d’Andrée A. Michaud

Dans son nouveau roman, l’autrice québécoise dissèque les rouages de la violence ordinaire, en immergeant le lecteur dans un double huis clos familial et psychologique, aussi poétique qu’étouffant.

Une baignade, un mot de trop, et le cauchemar commence

Max, Laurence et leur fille de cinq ans, Charlie, s’étaient imaginé quelques jours paisibles dans un coin de nature québécoise. À leur arrivée dans un camping en apparence idyllique, ils laissent Charlie s’amuser, nue, dans les eaux du lac. Une décision vite interrompue par l’intervention brutale du gérant des lieux, choqué par cette nudité qu’il juge inappropriée. L’altercation verbale dégénère. Le malaise s’installe, et les vacances basculent.

Cette première scène, à la fois banale et dérangeante, marque le début d’un engrenage que plus rien ne semble pouvoir enrayer. Fuite précipitée, erreur d’itinéraire, orage menaçant, tension croissante : Michaud construit un récit en spirale, dans lequel les personnages perdent pied face à une violence qu’ils ne contrôlent plus. L’angoisse monte, alimentée par la forêt omniprésente, décor sombre et suffocant, qui semble amplifier chaque peur.

Dans cette première moitié du roman, l’autrice de Bondrée et La femme de Sath s’attache autant à l’action qu’aux mécanismes mentaux de ses personnages. Ni monstres ni héros, ils deviennent malgré eux les témoins et les acteurs d’un drame qu’ils ne comprennent pas totalement. Et lorsque le sang est versé, personne ne ressort indemne.

Un récit en miroir qui explore les cicatrices du passé

Quatre ans plus tard, on retrouve Laurence et Charlie lors d’un rassemblement familial en pleine fête de la Saint-Jean. Un autre lac, un autre été, mais une même tension sourde qui s’insinue dans chaque dialogue, chaque silence. La narration glisse alors vers une autre forme de suspense : celui de la mémoire, des blessures que l’on pense refermées mais qui ne demandent qu’à s’ouvrir à nouveau.

La construction en deux temps du roman renforce cette impression de boucle tragique. Ce ne sont plus les événements qui provoquent la violence, mais les non-dits, les rancunes enfouies, les liens familiaux usés par les années. Dans ce second acte, Andrée A. Michaud poursuit son exploration de la part sombre des relations humaines, en montrant que le passé, même tu, finit toujours par ressurgir.

Avec Baignades, publié aux éditions Rivages (240 pages, 21 €), l’autrice signe un polar psychologique d’une rare intensité. Porté par une écriture à la fois dense et poétique, parsemée d’expressions québécoises qui ancrent le récit dans un réel singulier, le roman interroge la fine frontière entre malentendu et tragédie. Un récit où chaque détail compte, et qui confirme une fois encore la puissance narrative d’Andrée A. Michaud.

Que retenir rapidement ?

Dans son nouveau roman, l’autrice québécoise dissèque les rouages de la violence ordinaire, en immergeant le lecteur dans un double huis clos familial et p

Partager