C’est devenu un rituel, une petite secousse lexicale annuelle : la parution du Petit Larousse illustré version 2026 fait entrer 150 nouveaux termes dans la langue française. Au menu cette année : inclusion, écologie, gastronomie branchée, sexualités invisibilisées, intelligence artificielle… et même camping de luxe. La langue n’est pas figée. Elle absorbe l’air du temps, transforme l’argot en institution, et légitime les mots nés sur les lèvres ou les écrans. Revue de vocabulaire pas si anecdotique. On y découvre d’abord les signes d’une société plus attentive aux singularités. « AESH » entre dans le dictionnaire pour désigner les accompagnants d’élèves en situation de handicap, pendant que « cécifoot », « boccia » ou « parasport » célèbrent les disciplines paralympiques, longtemps invisibles. Même combat pour la « pair-aidance », ce soutien entre patients devenu courant dans les parcours de soins, ou pour le « coordinateur d’intimité », qui veille sur le consentement des acteurs lors des scènes sensibles.
Entre glamping chic et tapissage choc
À côté des valeurs humaines, place à l’air du temps : on voit débarquer le « glamping » (mariage du glamour et du camping) ou le « food truck », devenu banal dans nos villes. Le mot « k-drama » entérine la déferlante coréenne sur nos écrans. Même le mot « prompt », jusqu’alors cantonné aux développeurs d’IA, se retrouve consacré dans sa forme française : invite. L’outil devient donc aussi un sujet. L’écologie, elle, ne se cache plus. Le Larousse accueille les « biopesticides », l’« ensemencement des nuages » (controversé), ou encore les sinistres « larmes de sirène » — ces microbilles de plastique qui infestent les océans. Dans un registre plus inattendu, le mot « suraccident » rappelle les dangers en cascade sur nos routes, pendant que « aplaventrisme » désigne, avec une ironie bien sentie, l’art de ramper devant les puissants.
Même les termes gastronomiques évoluent
Enfin, la gastronomie n’est pas en reste : bienvenue à l’« umami », cinquième saveur venue du Japon, au « banh bao » vietnamien, et à un mot français en pleine renaissance : le « padel », sport de raquette qui rivalise désormais avec le tennis dans certains pays. Le dictionnaire ne fait pas qu’acter l’usage : il en devient parfois le révélateur. Chaque mot nouveau est un miroir tendu à notre époque. On y devine ses tensions (les « violences vicariantes »), ses néologismes technos (« téléprésentiel »), ses régionalismes (« astruquer », « ombrée »), et ses glissements culturels (« honorable » devenu titre officiel en Afrique centrale). Une chose est sûre : la langue, elle, n’a pas dit son dernier mot.