À Saint-Pétersbourg comme ailleurs en Russie, les libraires doivent désormais apposer des avertissements visibles sur les ouvrages écrits par des auteurs ou des maisons d’édition classés comme « agents étrangers ». Cette obligation découle d’un durcissement de la législation qui vise des centaines de personnes et d’organisations accusées par Moscou d’« actions subversives » soutenues par l’Occident.
Dans la librairie indépendante « Vo ves golos » (« À tue-tête »), des livres étiquetés et emballés portent désormais la mention officielle : « Ce matériel (information) a été produit par un agent étranger ou concerne l’activité d’un agent étranger. » Une signalétique imposée qui transforme chaque vente en acte marqué du sceau de la suspicion.
La loi interdit également aux personnes et groupes classés comme « agents étrangers » de participer à des activités éducatives ou de produire du matériel destiné aux mineurs. Ces restrictions touchent un large éventail d’auteurs, de journalistes et d’ONG, compliquant considérablement le travail des libraires, contraints de naviguer entre l’offre culturelle et les risques juridiques.
Pour nombre de professionnels du secteur, cette réglementation s’apparente à un véritable « champ de mines » : ils doivent se conformer aux règles sous peine de sanctions, tout en évitant de perdre leur clientèle attachée à une certaine liberté de choix.
Ce dispositif illustre le resserrement croissant du contrôle exercé par le Kremlin sur l’information et la culture, dans un contexte de guerre en Ukraine et de tensions accrues avec l’Occident. Les libraires russes, pris en étau entre censure et devoir commercial, deviennent ainsi malgré eux un rouage de la politique de surveillance intérieure.